La rencontre de Hitler et Mussolini

C’est un raseur, un buffone, un pulchinella !

A dix heures du matin, le jeudi 14 juin 1934, un Junker-52 du gouvernement du Reich se posa sur l’aérodrome italien de San-Nicolo, près de Venise. Hitler en descendit. Un imperméable jaune, maculé de taches, dissimulait sa jaquette de cérémonie et des pantalons à raies claires, trop longs, tombaient sur ses souliers vernis trop étroits qui le faisaient souffrir.

Mal à l’aise dans des vêtements civils. Le Führer allemand n’avait jamais su s’habiller. Nerveusement, Adolf Hitler triturait son chapeau de feutre taupé fabriqué à Munich.
Au bas de la passerelle, au milieu d’un état-major aussi nombreux que chamarré. L’homme des Chemises Noires, le Duce italien, Benito Mussolini, l’attendait.
Il était en grand uniforme et chemise sombre, avec des bottes à éperons, et un poignard pendait à sen côté. Ce fut la première et cuisante humiliation d’Hitler.

Les deux hommes, dont l’un – l’Italien – était de six ans plus âgé que l’autre, ne s’étaient jamais rencontrés. Personne ne pouvait dire ce que deviendraient leurs relations. Cependant, une chose était sûre, Hitler, jamais plus, ne se montrerait en civil aux côtés du Duce. A bord d’un canot automobile, ils traversèrent la ville sous les vivats. Mais tout Venise semblait n’avoir qu’un cri – Duce ! Duce ! Et. A la place Saint-Marc, du haut d’un balcon des Procuraties, Mussolini s’avança pour haranguer la foule, les poings aux hanches, son étrange coiffure carrée à franges enfoncée jusqu’aux oreilles sur sa nuque épaisse, exactement comme si le Führer de soixante-cinq millions d’Allemands ne se tenait pas à deux mètres derrière lui.

Cruellement mortifié et ulcéré, perdu dans la cohue italienne comme un vulgaire comparse, Hitler se taisait, rongeant son frein. Malgré les réceptions, les bals et les dîners officiels, la rencontre de Venise devait se solder par un retentissant fiasco. A la villa royale de Stra, près du lido, où rôdait l’ombre de Napoléon, Benito Mussolini avait d’un geste négligent renvoyé les interprètes ; son interlocuteur n’articulait pas un mot d’italien, mais lui s’exprimait couramment en allemand.
La condescendance et l’orgueil de cynique satisfaction de l’homme qui avait naguère. Eté son idole et son modèle, et régnait désormais en maître sur l’Italie depuis douze ans, offusquèrent profondément Hitler.Non seulement, le dictateur italien l’avait traité en petit garçon, mais Mussolini prodiguant des conseils pleins de suffisance lui avait même fait la leçon.
Seul à seul, dans le salon de marbre de Stra, le Duce avait glissé à Hitler : - Commencez donc par mettre un peu d’ordre dans votre maison… L’allusion à Röhm était transparente. Au bout de quarante-huit heures, le Führer regagna l’Allemagne, d’humeur sombre, profondément déprimé et irritable.
De son côté, Mussolini qui avait dû subir les tirades enflammées de son collègue allemand, s’écriera : - Il m’a récité par cœur son Mein Kampf. C’est un raseur, un buffone, un pulchinella !

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