La première cigarette...

Souvenirs d'un caporal allemand en Nomandie en 1944

Qui se souvient de ce secteur ? Chaque fossé, chaque ruine hurlaient à la mort. La bataille de Normandie faisait rage. Depuis le 26 Juin, les Britanniques avaient lancé l'opération Epsom pour submerger la 12 SS Panzerdivision Hitlerjugend, la Panzer-Lehr-Division et la 21. Panzer. Les Panzerdivisionen Hohenstaufen et Frundsberg constituant la arrivaient du front de l'Est. La « Hohenstaufen » engagée le 29 Juin allait stopper l'attaque adverse. Le 1" Juillet, l'un de ses régiments, le SS Panzer-Grenadier-Regiment 19 tient un secteur du front entre Brettevillette et Grainville...

Je me trouvais au PC du 1er Bataillon pour obtenir des munitions essentiellement pour nos mitrailleuses lourdes. On venait de les transporter dans la sacristie de l'église de Grainville, seul édifice susceptible de résister aux obus, L'information aurait dû être transmise, mais plusieurs lignes avaient été coupées et il avait été impossible d'utiliser la radio. De retour vers ma position, je tombais sous un barrage d'artillerie lourde déclanché à 7 h 15 par l'ennemi. N'ayant pas le temps de m'abriter, je me jetais au sol. A quelques mètres de moi se trouvait la moto déchiquettée de notre agent de liaison Rudi Klinger. Il avait essayé de ramener des munitions dans son side-car et gisait maintenant sur la terre, le visage cireux, la tête presque détachée du corps. Les obus s'éloignèrent un peu. D'un bond, je me rapprochais de ma position, mais le barrage reprit, plus intense encore. Je me trouvais à moins de dix mètres de mes camarades et de leur abri. Un terrible ouragan d'obus déferla sur cet endroit où j'aurais déjà dû me trouver. A dix mètres de moi, la chaussée éclata. Un souffle chaud me gifla, la paume de mes mains devint brûlante. Un éclat encore chaud sans doute dévié par les buissons vint rouler sans force sur l'une de mes mains. Je rejoignis ma position : la mitrailleuse avait été arrachée de son affût et son canon était tordu vers le ciel. Le chef de pièce, les deuxième et troisième tireurs étaient morts depuis peu. C'était la deuxième fois que cette position recevait un coup au but. J'étais le seul survivant ce qui me fit baptiser par mes camarades d'« imperméable au feu ». Idée idiote, seule la chance joue en pareille circonstance. Après avoir erré péniblement, les nerfs prenant tant soit peu le dessus, je trouvais enfin le PC dans les ruines de Grainville où il venait d'être transféré. Le Hauptsturmführer Kriz, commandant de notre compagnie, me prit alors comme agent de liaison à pied dans la section de commandement.

6 juillet : Notre 3° Cie occupe une position proche de la cote 118 à droite de la route Le Bosq-Cheux. Un agent de liaison est d'autant plus exposé au feu qu'il doit courrir entre deux positions pour livrer ses messages. En « vieux renard », j'avais mis sur pied une tactique particulière pour traverser champs et voie ferrée. Combien de corps de mes camarades partis comme agent de liaison ai-je pu voir criblés d'éclats d'obus ? Lorsque le soldat du front ne peut s'expliquer certaines choses, il devient supersticieux. C'était mon cas lorsque l'on m'appelait « imperméable au feu ». Cette possibilité d'échapper aux plus forts barrages d'artillerie restait un mystère pour mes camarades... comme pour moi. Les liaisons avaient été une fois de plus coupées. Téléphoniste breveté, je parvins à rétablir les lignes sectionnées, mais les observateurs britanniques m'avaient aperçu entrain de réparer le câble. Les obus ne se firent pas attendre. En quelques bonds, je m'abritais derrière les cadavres de deux camarades après les avoir tirés vers moi. Ils m'ont peut-être sauvé la vie...

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