Mon ami Henri, fusillé à dix-sept ans.

 

temoignage-resitance-1943
temoignage-resitance-1943

Ernest était parti se réfugier avec ses parents en zone non occupée (zone nono) en 1940. Marcel, Henri et moi étions restés à Paris. J'avais rejoint les jeunes communistes de Solidarité, avec Marcel. Il a été arrêté en 1941, lors d'un tout premier lancer de tracts. J'avais tenté de convaincre Henri Tuchklaper d'entrer en Résistance avec nous. Il n'était pas chaud au départ. Mais lorsque sa mère et sa petite soeur ont été arrêtées en juillet 1942, il n'a plus hésité. Je l'ai présenté à Henri Krasucki, mon chef, et il a rejoint les FTP-MOI. Satisfait de cette nouvelle recrue, Krasucki m'avait dit une fois : Le plombier, c'est un bon gars. Henri travaillait comme grouillot chez un plombier de la rue Sedaine, et ce surnom était devenu son nom de Résistance. À partir de ce moment-là, Henri est entré dans la clandestinité. Je ne l'ai revu qu'une fois, par hasard, en 1943. J'étais dans le métro, appuyé à la vitre, côté voie. Une rame est arrivée en sens inverse, et son wagon s'est arrêté à hauteur du mien. Nous nous sommes miraculeusement retrouvés face à face, à
50 centimètres l'un de l'autre. On a échangé des signes de tête : Ça va ? Ça va ! Et puis nos trains sont repartis dans des directions opposées. J'ai appris bien plus tard qu'il avait participé à de nombreuses opérations, notamment à l'exécution d'un soldat allemand avec un camarade, se procurant ainsi la première arme des FTP-MOI de Paris. Il avait été arrêté le 2 juillet 1943 dans sa planque, 14, rue Domat, après de longues semaines de filature. Pendant l'interrogatoire, il a reconnu certaines actions, notamment des attaques à la grenade contre des troupes allemandes. Il a été torturé par des policiers français de la brigade spéciale numéro 2, mais n'a donné personne. Avec André Engros (haut gauche) , que je connaissais sous le nom de Roger, ils ont été fusillés le 1er octobre 1943 au mont Valérien. Henri Tuchklaper (gauche) avait tout juste dix-sept ans et André seize ans et demi. Les deux frères aînés d'André Engros, résistants, ont été fusillés eux aussi. Ce n'est que vers 1978 que les archives de Serge Klarsfeld m'ont permis de découvrir qu'Henri était enterré au cimetière d'Ivry.

Nous étions quatre copains d'école, la bande des quatre : Marcel Cytryn, Henri Tuchklaper, Ernest Buchwald et moi. Au fil des années passées dans les mêmes classes de la communale, 98, avenue de la République, à Paris, nous étions devenus comme les doigts de la main. Il a fallu une guerre pour nous séparer.