Grand mère arrêtée ...

Au cours de la rafle des vieillards...

rafle des vieillards en 1942

Ma grand-mère Chana Baran avait 86 ans lorsqu'elle a été arrêtée, au cours de la «rafle des vieillards».

Elle avait été arrêtée une première fois, le jour de la rafle du Vél' d'Hiv, mais les policiers l'avaient relâchée, car à l'époque on n'arrêtait pas les femmes de plus de cinquante-cinq ans. Elle était donc rentrée chez elle, dans le XX' arrondissement, rue de Palikao.
Avec mes parents et mon frère, nous vivions assignés à résidence à Saint-Just-enChevalet. Ma grand-mère n'avait pas voulu quitter Paris. Elle marchait mal avec ses jambes enflées et douloureuses, et préférait son quartier. Elle y avait ses repères et ses commerçants casher. Je passais la ligne pour lui rendre visite, mais ces voyages à Paris étaient très risqués pour moi, alors je ne venais que tous les deux mois. Lors de ma dernière visite, elle m'a demandé de rester dormir avec elle, mais j'ai refusé. Je craignais, en restant trop longtemps, d'être repérée et arrêtée. Je suis donc repartie. Peut-être sentait-elle que nous ne nous reverrions plus.
Nous avons su à la Libération, par notre fidèle concierge, que ma grand-mère avait dû être dénoncée par la propriétaire, qui voulait récupérer l'appartement.
Les policiers qui sont venus la chercher lui ont proposé un brancard, mais elle l'a refusé. Je ne sais pas où elle a trouvé la force de marcher. Elle a été transférée à Drancy avant de monter dans un convoi pour Auschwitz. Ma chère grand-mère est morte pendant le voyage.