Jour J... Souvenirs d'un parachutiste...

 

Francis Lamoureux, de Lüdlow (Massachusetts) avait 24 ans en 1944. Il s'était engagé en 1941 dans l 'Armée et faisait fonction de radio au 3e bataillon du 508e régiment d'infanterie parachutiste, 82e Airborne.
Au début de l'année 1944, il s'était porté volontaire pour les missions spéciales et fut sélectionné pour intégrer les équipes d'éclaireurs, les pathfinders, chargés de sauter en élément précurseur en territoire ennemi et de préparer les zones de saut en vue du Débarquement.
Il relate, ici, ses souvenirs du Jour J et son premier saut opérationnel dans la région de Picauville (Manche).
Vers 21 h (le 5 juin), notre groupe de pathfinders s'est rassemblé au pied des avions sur la base de Folkingbam. On nous a donné du café et nous nous sommes noirci le visage avec des bouchons brûlés. Puis nous nous sommes équipés. Nous étions tous un peu nerveux, car nous savions que cette mission était très importante. Nous étions très lourdement chargés et nous nous sommes poussés pour monter à bord des Dakotas.
Je me trouvais à la place n°4, derrière mon ami Fayette O'Richardson. La nuit était claire et la traversée fut calme. La Flak se déchaîna au-dessus des côtes françaises et nous étions impatients de quitter l'appareil. Au signal, nous avons sauté tous ensemble comme un claquement de doigt. Nous étions soulagés de sortir du Dakota.
Nous avons été largués très bas, à 500 pieds. En quatre ou cinq balancements, je me suis retrouvé au sol. J'ai atterri près d'un pommier et j'ai repris ma respiration. J'avais le coeur qui battait fort dans la poitrine. J'ai remercié le Bon Dieu d'être encore en vie. Je pense qu'il devait être 1 h 30 du matin.
Pendant la descente, le 12e homme du stick, Ralph Nicholson, a été touché par des tirs allemands. La mine qu'il transportait
explosa sous les impacts, le tuant sur le coup, avant qu'il ait pu toucher le sol de France.
J'ai rejoint très vite le lieutenant Gene Williams et Fayette. Nous avons aidé un copain du groupe qui était empêtré dans un pommier et avons coupé au couteau les suspentes de son parachute. Très vite, des balles traçantes ont été tirées et sont passées au-dessus de nos têtes. Nous avons entendu les Allemands qui s'approchaient et nous percevions nettement le moteur de leurs camions qui tournaient. Les tirs étaient incessants. Le lieutenant Williams m'a demandé si la balise Eureka fonctionnait. J'ai répondu par l'affirmative.
Le temps a paru très long. J'ai envoyé avec mon Eureka des signaux répétés (dashdid), (dash-did). Au bout d'un certain temps, une première vague de 7 ou 8 Dakotas s'est présentée et a largué les sticks. La deuxième vague qui était prévue ne s'est jamais montrée.
Les balises Eureka devaient envoyer des signaux aux avions transportant les parachutistes, afin que ceux-ci soient largués aux bons endroits.
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