Souvenirs d'un infirmier en Normandie en 1944...

 

L'infirmier Sidney Johnson, vétéran des combats de La Fière, appartenait à la compagnie E du 40le GIR. Il évoque son atterrissage mouvementé à bord d'un planeur transportant des troupes.

Les préparations de notre équipement et de nous-mêmes prirent beaucoup de notre temps. Chacun de nous était plongé dans ses pensées. Notre vol semblait prendre plus de temps que nous le pensions.
On ne nous avait pas dit que nous approchions de notre zone
d'atterrissage par une route diff érente de celle qui survolerait les plages. Quand nous fûmes au-dessus de la terre, on savait que ça ne durerait plus longtemps quand, avec stupeur, j'ai vu un chasseur allemand dans notre ligne de vol, reconnaissant ses marques et sa queue. C'était un ME 109 ! Nous étions à sa merci s'il nous tirait dessus sans possibilité d'agir contre lui.
Une sacrée « frousse » ! Heureusement, rien ne se produit et quelques minutes plus tard, notre pilote nous a dit de nous préparer pour l'atterrissage et l'avion se mit à descendre très vite. Je vis que nous allions vers de grands arbres dans une haie et j'ai crié de nous prendre par les bras, coude à coude, et de se pencher en avant. Sous le choc, nous percf'unes les deux ailes en passant à travers les arbres et continuâmes notre course vers le sol. À l'atterrissage, les deux roues furent brisées et les patins, dans la terre, détruisirent nos paquetages, nos rations et tout l'équipement qui étaient placés sur le plancher. Quand tout s'arrêta, nous étions là, avec nos jambes en l'air et nos bras accrochés les uns aux autres. Personne n'était blessé. Le pilote cria : « On se revoit à
l'église!» et sortit par la porte près de moi. Dieu était avec nous pendant ce vol. Je sais qu'il a été avec moi depuis ce jour.
En fonction des instructions reçues au sujet du lieu de rassemblement, tout ceci dépendait de l'endroit où nous atterrissions. Les pilotes jugèrent en fonction des circonstances et atterrirent au mieux. Autant que je pouvais me situer, nous étions au sud-ouest de Sainte-Mère-Église. Je vins vers les hommes de la compagnie
J'informai le sergent que je devais aller au groupe médical et que je reviendrais. Après avoir cherché ici et là, je rencontrai un sergent de notre détachement mais aucun autre n'était arrivé. Il me dit de rester là mais je lui dis que je devais être avec la compagnie I, donc je le quittai.

Tout autour de nous, des épaves de planeurs. Un Horsa avait
percuté un gros arbre dans une haie. Le pilote, tué, était encore sur son siège, écrasé contre l'arbre. J'avais volé dans ce planeur au cours d'un vol de deux heures dans du mauvais temps. En voyant tout ce spectacle, je me demandais si je
devais rejoindre la compagnie ou bien rechercher quelqu'un qui avait besoin de moi. Personne n'appelait Medic (infirmier),
aussi je me dirigeai vers les hommes composant la compagnie avant qu'ils ne partent vers le lieu de rassemblement.
C'était un beau matin d'été avec beaucoup de rosée sur l'herbe et je les rejoignis au moment où ils partaient. Le lieu
était près d'une ferme et nous pouvions entendre les tirs d'armes légères et de mortiers pas trop loin. Cet endroit me rappela les étés que j'ai passés avec mon grand-père Johnson dans sa ferme du Wisconsin, par les dimensions et les couleurs de la maison.
En regardant autour, je vis une femme avec un joug sur ses épaules et un seau accroché de chaque côté, s'en aller vers des vaches dans le champ. Elle était correctement habillée avec un chapeau de paille tressée, comme sur une vieille peinture de paysage campagnard. Elle ignorait tout ce qui se passait alentour et s'avançait calmement dans le pré. La traite aurait lieu avant que le secteur ne devienne trop bruyant évidemment !
Nous continuâmes sur la route et nous entrâmes dans Chef-du-Pont. De vieilles personnes étaient sur le côté de la route, nous offrant des verres de cidre pendant que nous avancions. Nous étions tentés de nous arrêter, nous les remerciâmes à l'aide de notre livret French Phrase (les phrases françaises) et nous continuâmes à avancer sur notre chemin.

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