Une pitoyable bavure

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reporter
Le 27 avril, 300 navires et 3 0000 soldats participent aux grandes manoeuvres. Les premières vagues d'assaut débarquent sur la plage de Slapton Sands, gardée par 500 « défenseurs » qui accueillent les envahisseurs sous des projectiles réels. Une erreur de timing fait 150 morts, réduits en charpie, sous un tapis de fusées.
Le 28 avril, vers 2 heures du matin, un convoi lent et long se dirige vers la côte pour décharger sur la plage du matériel lourd : huit LST bourrés jusqu'à la gueule d'essence, de chars, de canons, de munitions, de véhicules et de soldats; deux bateaux d'escorte antédiluviens; une file indienne de plus de 5 miles de long... Lorsque neuf vedettes lance-torpilles allemandes basées à Cherbourg et alertées par un trafic radio trop intense émergent de l'obscurité, c'est la curée : deux LST sont coulés en quelques minutes, un troisième gravement touché; n'ayant jamais reçu le message d'alarme lancé par les navires d'escorte, pour la bonne raison que les différents bateaux ne sont pas calés sur les mêmes fréquences radio, leurs commandants prennent d'abord l'attaque allemande pour une simulation d'exercice. Les torpilles allemandes font des ravages à bord des navires bourrés d'explosifs. Dans la panique, un LST mitraille par erreur le pont d'un autre LST : 198 marins et 550 soldats sont déchiquetés par les explosions ou jetés à la mer où ils périssent, paralysés par le froid ou noyés par leur ceinture de sauvetage placée par erreur à hauteur de la taille...

L'opération Tigre fait en tout 946 morts et 500 blessés, chiffres trois fois supérieurs aux pertes qui seront enregistrées sur Utah-Beach, la plage jumelle, six semaines plus tard, le 6 juin 1944. Un millier de familles vont recevoir des avis leur indiquant que leurs fils avaient été « portés disparus au combat », sans plus de détail.
Les morts vont être enterrés dans le plus grand secret dans des fosses communes ouvertes au bulldozer. Les survivants vont être mis au secret et menacés de conseil de guerre en cas d'indiscrétion. Les Alliés mettront quarante ans pour commencer à lever le voile de ce qui fut l'une des plus pitoyables bavures de la Seconde Guerre mondiale...

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