Les nuits blanches d'Adolf Hitler

Des intarissables monolologues dans des réunions interminables

.Les hommes — ainsi que quelques femmes — qui travaillèrent, vécurent, aux côtés de Hitler finirent par faire complètement abstraction de toute vie personnelle indépendante. Bormann, l'intrigant Bormann, l'Éminence grise, chef de la chancellerie du parti et adjoint personnel du Führer, se plia au mode de vie de son maître jusqu'à s'abstenir de fumer, puisque Hitler ne le tolérait pas, ayant renoncé à boire de l'alcool et même à manger de la viande. Et, comme Adolf Hitler, Martin Bormann en arriva à ne plus commencer à vivre qu'après le coucher du soleil.
Même avant son accession au pouvoir, Hitler éprouvait de la difficulté à dormir. Les somnifères courants ne produisaient plus d'effet sur lui.
Il supportait malaisément la lumière naturelle. Dans son train spécial qui le conduisit d'un bout à l'autre de l'Europe, de la frontière espagnole jusqu'aux confins de l'Ukraine, Hitler faisait tirer les rideaux de son wagon, même en plein été, et il prit ainsi l'habitude, qui allait notablement s'aggraver par la suite, de vivre presque exclusivement sous l'éclairage électrique.
Alors, le Führer des Allemands se mua lentement en un animal nocturne, une bête de l'ombre fuyant les rayons du soleil, un homme de la nuit.
D'interminables soirées, poursuivies au-delà de l'aube en résultèrent, où qu'il se trouvât : de la Chancellerie à Berlin au domicile des Goebbels ou chez Gôring, à ses quartiers généraux du Rhin, de Prusse-Orientale, de Vinnitsa en Russie, sans excepter Berchtesgaden.
Hitler parlait il discourait sans arrêt, d'un débit saccadé, de violents afflux de sang envahissant son visage, et il allait de long en large, intarissablement. Christa Schrôder, une des secrétaires de la Chancellerie, qui ne le quitta pas de 1933 à 1945, a noté : « Il fallait un puissant contrôle de ses nerfs pour assister à ces réunions interminables... »
Des intarissables monologues d'Adolf Hitler, dont ses interlocuteurs demeuraient les témoins passifs, presque toujours les mêmes en raison de l'incoercible méfiance du maître du Reich envers des visages étrangers, des nuits volubiles du Führer sont restés des Libres Propos de Hitler. comme Martin Luther a laissé ses Propos de table.
Tous les sujets y étaient développés, controversés : de l'émancipation des femmes allemandés à la nocivité du tabac ; des buts de Staline en Europe, si la Russie gagnait la guerre, à la rémunération des ballerines de Berlin ; du point de savoir si les juifs étaient des Asiates ou non de la reconstruction de la ville de Linz en Autriche, pour en faire la plus grandiose métropole danubienne, à la taille du roi Victor-Emmanuel III d'Italie, qui — disait Hitler — demeurait la même, qu'il fût assis ou debout...
Au cours de ces fastidieuses réunions où l'homme nocturne recevait de son entourage (du moins en nourrit-il l'illusion) une approbation sans mélange, dont il se montrait plus avide à mesure qu'il escaladait les cimes de la gloire et de la puissance, Adolf Hitler revenait interminablement sur son propre passé, précisant ou rectifiant des détails sur ses origines, sa famille ou son existence de soldat en 1914-1918, sculptant, remodelant sa propre figure, recomposant sa propre histoire qui, d'un fils de douanier autrichien, vagabond de Vienne, avait fait le Führer de la nouvelle Allemagne.
Le jour poignait. La prolixité d'Adolf Hitler régressait la fatigue se lisait sur ses traits. Le discours s'arrêtait. Personne n'eût osé donner le signal du départ. Enfin, Hitler prenait congé des gens de sa petite cour devenus, à cause de lui, des noctambules puis, rapidement, il gagnait son appartement dont il tournait la clé derrière lui.
Vers la fin de la matinée, six ou sept heures plus tard, Linge, son valet de chambre, frapperait à sa porte pour le réveiller, mais il n'entrerait pas. Ses 'ordres, sur ce point, étaient formels. Le domestique S.S. en témoignera ultérieurement : il n'avait pas le droit de pénétrer dans la chambre de Hitler avant d'y avoir été autorisé.
hitler à table
hitler et eva braun
hitler se repose
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