Le nid d'aigle de Hitler

Le chalet transformé en forteresse...

.Dans le courant de. l'année 1925, Adolf Hitler, qui venait de purger treize mois de prison à la forteresse de Landsberg après le putsch manqué de Munich, alla passer l'été dans un chalet de montagne de l'Obersalzberg, en Bavière, dont les fenêtres dominaient une petite ville : Berchtesgaden. Ce fut la propre caisse du parti national-socialiste qui en finança la location pour son chef.
C'était, à vrai dire, une assez vaste, mais simple et rustique demeure montagnarde de style bavarois, au rez-de-chaussée en pierre de taille, avec un étage en bois où de gros blocs de rocher se répartissaient sur le toit pour empêcher le vent d'emporter les tuiles.
De là, un panorama prestigieux s'offrait à la vue : les prairies de la plaine de Salzbourg surplombées par les cimes neigeuses, Berchtesgaden et ses collines boisées, plus loin la nappe argentée du Kônigssee et, partout, des montagnes, le silence et la hautaine solitude des pics et des rocs des Alpes de Bavière aux aigles et aux vautours rôdant autour des précipices.
Ce furent cette situation et ce panorama qui décidèrent Hitler. Quand il eut consolidé son pouvoir, affermi la situation de l'Allemagne dans le monde, proclamé le rattachement de la Sarre au Reich et rétabli le service militaire obligatoire pour tous les Allemands, le Führer, à la .veille de réoccuper la rive gauche du Rhin, au début de 1936, ressentit la nécessité d'une résidence représentative, à la fois officielle et familière, pour y recevoir ses hôtes du monde entier. Son choix se porta sur Berchtesgaden.
Entre-temps, les droits d'auteur colossaux qu'il percevait de la vente de Mein Kampf lui avaient permis d'acquérir personnellement la vieille maison de l'Obersalzberg. Parallèlement, la Gestapo exproptia les voisins pour y installer les services de sécurité chargés de veiller sur le Führer.
Alors, ce qui devint le Berghof, le « Nid d'aigle », s'érigea avec une magnificence inouïe : le chalet montagnard transformé en forteresse du XXe siècle avec ses souterrains, ses standards téléphoniques, ses parcs à voitures, ses postes de garde, ses halls gigantesques, son ascenseur d'or.
Pour creuser les nouvelles fondations de la maison de Hitler, la main-d'oeuvre avait été fournie par les déportés d'un camp de concentration voisin, ouvert en 1933, qui portait le nom de Dachau.
Un vaste escalier, couvert de velours, conduisait aux appartements du Führer, ouvrant sur un immense balcon dont l'accès dit-on, était interdit à toute autre personne qu'Eva. La chambre de celle-ci avait été tendue de soie claire et son appareil de téléphone, en ivoire, portait le numéro 417 celui de la chambre à coucher de Hitler étant le 600.
Des vestibules imposants, les salles et les galeries aux fenêtres monumentales, la cheminée du hall offerte par Mussolini, salons, bibliothèque, la table de la salle à manger qui pouvait accueillir vingt-quatre personnes, les marbres de Carrare et les grands murs en pierre de Bohême revêtus de tapisserie se soulevant automatiquement pour projeter des films, tandis que des parois s'ouvraient en dégageant des artifices pour les appareils de projection, le jardin d'hiver où poussaient des orchidées, cette accumulation de faste, toute
Berchtesgaden
le nid d'aigle de hitler
cette architecture pompeuse réalisée d'après les plans de Hitler sous la direction d'un architecte de Munich nommé Fick, ne se justifiait que par l'accès à un endroit précis de l'habitation : la terrasse du Berghof avec son cadre grandiose : l'immensité des montagnes des Alpes.
Là, dans le « Nid d'aigle » de l'Obersalzberg où se déroula la majeure partie de son existence privée, de graves — et les plus importantes — décisions de la vie politique d'Adolf Hitler, chef d'État et d'armées, furent prises : l'Anschluss, l'invasion de la Tchécoslovaquie, le pacte d'août 1939 avec Staline et, à l'heure où Ribbentrop signait ce pacte, l'invasion future de la Russie.
Là aussi, Eva Braun le vit partir, un jour de l'été de 1941, appelé à Berlin — lui expliqua Hitler — par une décision urgente. Sur le seuil du Berghof, il lui assura qu'il serait rapidement de retour. Elle le crut.
Le lendemain, par les journaux, elle apprenait que trois millions et demi d'Allemands venaient de se ruer à l'assaut du territoire soviétique. Et Hitler demeura dans son nouveau quartier général de Rastenburg, en
Prusse-Orientale.
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