Une balle de 7,65 dans la tempe

Eva Braun avait préféré s'empoisonner

.Linge, contrairement à Trevor-Roper, affirme que le Führer déjeuna avec Eva Braun. « Ils mangèrent frugalement, car les vivres manquaient. Après le repas, le Führer ressortit de son appartement pour les adieux. Nous étions tous là, du plus grand au plus humble de ses collaborateurs. Il s'entretint un moment avec Bormann et Goebbels. Le premier allait être • tué par un char, peu après (3) ; le second, se suicider avec sa femme et ses enfants.
« Arrivé devant Frau Goebbels, Adolf Hitler, très ému, lui dit toute son admiration pour son courage, sa ferveur et l'atroce sacrifice de s'être décidée à faire tuer ses six enfants, avant de se tuer elle-même. Il décrocha son insigne du parti en or massif et l'épingla sur sa robe avec une accolade. Ce fut le plus grand moment d'émotion. A moi, d'une voix ferme, il me dit : « - Adieu, Linge, peut-être personne au monde ne me connaît aussi bien que vous : n'avez-vous pas été mon ombre depuis 1935 ? Je veux que vous viviez. Mais vous allez entendre sur moi des atrocités. Les vainqueurs seront sans pitié pour ma mémoire et mettront tout en oeuvre pour la déshonorer. Mais l'orage passera et dans une, deux générations, justice me sera rendue. »
Une dernière fois, Linge salua du bras droit tendu celui qui allait mourir. Eva Braun s'approcha de lui
— Au revoir, Linge. Merci pour tout ce que vous avez fait. Elle était très pâle. Elle ajouta : Je veux vous demander une faveur encore. Si vous sortez d'ici et si vous retrouvez ma soeur, ne lui dites pas que son mari a été fusillé. Dites qu'il a été tué par les Russes. Linge promit. Hitler et sa femme se retirèrent dans leur appartement.
« J'y avais déposé, suivant ses instructions, deux pistolets que j'avais chargés moi-même. L'un était un Walther P.P. de 7,65 du modèle de la police. L'autre, d'un plus petit calibre, 6,35, était destiné à Eva Braun, ou à remplacer la première arme si celle-ci venait à s'enrayer. Tout à coup, nous entendîmes un coup de feu.
Il était 15 h 35 environ. Il n'y eut pas de second coup de feu et lorsque j'en eus acquis la certitude, environ un quart d'heure plus tard, j'entrai dans l'appartement. Le Führer était assis sur le divan. Il s'était tiré une balle de 7,65 dans la tempe droite, et non dans la bouche comme on l'a tant raconté. Le pistolet était tombé à ses pieds et le sang avait ruisselé sur le tapis. A côté de lui, sur le sofa, à demi couchée, Eva Braun : elle avait préféré s'empoisonner. »
Donc, s'il faut en croire Linge, aucune ambiguïté. La version de Linge a été confirmée par Fraulein Krüger, Frau Junge (qui tenait le récit de Guensche), Frau Christian (qui le tenait de Linge). Axmann, arrivé au bunker trop tard pour faire ses adieux au Führer, revint à temps pour voir les corps : il les a décrits de façon identique. Les divergences portent uniquement sur la trace du coup de revolver que s'est tiré Hitler : à la tempe, ou dans la bouche.
Cinq hommes virent les deux cadavres après le décès : Bormann, Goebbels, Linge, Guensche et Axmann. Bormann a disparu, Goebbels s'est fait justice. Les récits de Guensche et d'Axmann confirment, dans leurs lignes principales, celui de Linge. Certes, on pourrait admettre que les trois hommes, avant de se séparer, se soient concertés pour raconter les mêmes mensonges et « couvrir » la fuite éventuelle de Hitler. Cette hypothèse romanesque ne tient pas devant les récits de ceux qui aideront à brûler ou verront brûler le corps de Hitler. Elle ne tient pas devant un autre fait, souligné très justement par Georges Blond : après la mort de Hitler, Goebbels va se suicider en compagnie de sa femme, après avoir fait tuer ses six enfants. Peut-on envisager pareil massacre, pareille horreur, si Hitler n'était pas mort ?
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