L'enfance d'un dictateur

Un père autoritaire, une scolarité difficile, une famille complexe...

le père d'Hitler
.Le garçon qui naquit le 20 avril 1889 à 18 h 30 à Braunau-sur-Inn, petite localité frontalière entre l'Autriche et l'Allemagne, vint au monde dans une famille à la structure complexe. Sa mère, Klara, était la troisième femme d'un mari de vingt-trois ans plus âgé qu'elle, Alois, qui avait déjà lui-même, de sa deuxième femme, deux enfants, Alois et Angela. Klara, cousine d'Alois', était employée par celui-ci et sa deuxième femme ; lorsque cette dernière mourut, à l'âge de vingt-trois ans, Klara était enceinte de plusieurs mois. Le mariage entre elle et Alois eut lieu en janvier 1885, avec une dispense pontificale, étant donné le degré de consanguinité des deux époux.
Adolf Hitler eut par la suite un frère cadet, qui mourut à l'âge de six ans, et une soeur, Paula, décédée en 1960. Alois, son père, était quant à lui le fils illégitime de la fille d'un petit paysan pauvre de Basse-Autriche, près de la frontière bohémienne. Cette fille-mère, Marie-Anne Schicklgruber, avait quarante-deux ans à la naissance d'Alois, et n'a jamais révélé le nom du père de son enfant. Elle épousa cinq ans plus tard un ouvrier meunier itinérant, Johann Georg Hiedler, qui ne reconnut jamais l'enfant, mais le confia à son propre frère, Johann Nepomuk Hüttler (à l'époque, la graphie des patronymes n'était pas fixée).
Alois, travailleur et ambitieux, fit son apprentissage comme cordonnier, et fut ensuite embauché comme auxiliaire dans les services financiers des douanes, où il fit rapidement carrière : il finit par être nommé contrôleur chef des douanes à Braunau-sur-Inn en 1875. L'année suivante, il obtint d'être reconnu officiellement comme le fils de Johann Georg Hiedler — presque vingt ans après la mort de celui-ci — en présence de son oncle Johann Nepomuk et de quelques témoins. C'est au cours de cette « régularisation » que le nom de Hiedler se transforma en Hitler. Qui était le véritable grand-père d'Adolf Hitler ? Il reste impossible de le déterminer avec certitude : peut-être son grand-oncle Johann Nepomuk ?
Tout ce que l'on peut dire, c'est que rien ne vient étayer les hypothèses formulées ultérieurement, selon lesquelles ce grand-père aurait été juif. Et ce qui est certain, c'est que le Führer, qui exigea de chaque Allemand la preuve d'une ascendance aryenne pendant au moins trois générations, n'était pas en mesure de la fournir lui-même.
L'enfance d'Adolf Hitler fut marquée par une série de déménagements. Lorsqu'il avait trois ans, son père fut muté à Passau, du côté allemand de la frontière. En 1895, Alois, âgé de cinquante-huit ans, prit sa retraite et acheta une petite ferme près de Lambach, en Haute-Autriche ; il s'y consacra à son loisir favori : l'apiculture. Il se comportait, selon le modèle de l'époque, en père autoritaire, n'hésitant La famille déménagea en 1898 dans le village de Leonding, au sud de Linz, où Alois acheta une petite maison à côté du cimetière. Après cinq ans d'école primaire dans le village, Adolf fut envoyé au lycée technique de Linz. Le conflit devint à cette époque très vif entre lui et son père ; il se cristallisa sur le choix d'une carrière : Alois souhaitait le voir devenir fonctionnaire ; le garçon rêvait de devenir artiste-peintre, et profiter d'une vie plus libre.
hitler-enfant
Ses résultats scolaires étaient mauvais, et il dut redoubler une classe, ce qui aggrava encore les tensions familiales. Il ne semble pas qu'il ait à ce moment manifesté d'antisémitisme, bien que le lycée ait compté à cette époque dix-sept élèves juifs (dont le futur philosophe Ludwig Wittgenstein), trois cent vingt-trois catholiques, dix-neuf protestants, un Bosniaque et un Grec orthodoxe.
La mort subite d'Alois, le 3 janvier 1903, fut une césure importante dans la vie du jeune Hitler. Débarrassé de ce père tyrannique, il put se montrer à son aise paresseux et rêveur, sous l'oeil inquiet d'une mère adorée. C'est à cette époque qu'il fit sa communion, dans la cathédrale de Linz ; il s'y montra dépourvu de toute ferveur, et plutôt de mauvaise humeur : il raconta plus tard qu'il aurait aimé, ce jour-là, tout faire sauter.
Les deux années suivantes furent, selon lui, les plus heureuses de sa vie. Bien plus tard, une fois parvenu au pouvoir, ne voulut-il pas faire de Linz, où il avait vécu cette période de félicité, la métropole culturelle de l'Allemagne, et ne passa-t-il pas des heures, durant ses derniers jours, en 1945, dans son bunker de Berlin, penché sur la maquette de cette future capitale culturelle du Reich ?
Malgré le peu de ressources de Klara, il vivait chez elle comme un coq en pâte, désormais seul homme de la famille, choyé par sa mère et sa petite soeur. Dans un minuscule appartement, il eut sa chambre à lui, s'habilla aussi élégamment que possible, sortait beaucoup, lisait, allait au théâtre et surtout à l'opéra. Il fit alors la connaissance d'August Kubizek, dont les souvenirs nous donnent de précieux renseignements sur cette adolescence. Hitler était en admiration devant l'oeuvre de Wagner, et s'intéressait de plus en plus à la politique, soutenant toujours les idées pangermanistes et antisémites de Schônerer, contre celles des partis à tendance chrétienne ou socialiste. Mais sa plus grande passion était pour la peinture. Il fit alors un séjour d'environ deux semaines à Vienne, où il s'enthousiasma devant les splendeurs architecturales et picturales de la ville — c'est sa mère qui lui avait offert ce voyage.
mère de Hitler
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