Les discours d'Hitler

Hitler déclare à la fin d'un discours ; la foule mon unique fiancée !

les discours de hitler
.Les Allemands, eux, ont besoin d'un Führer. Dans la terrible crise qu'ils traversent, ils sont mûrs pour entendre la voix d'un chef qui saura leur redonner confiance dans leur grandeur et leur avenir, parce qu'il a d'abord confiance en lui-même. Or, cette confiance, Hitler, le vagabond, le bohème, ne la possède pas. Pourtant, dès qu'il prend la parole, son auditoire est comme magnétisé. Que se passe-t-il?
Une interaction avec la foule, dont Hitler n'a peut-être pas conscience, mais qu'il va finir par manier en maître.
Ainsi, c'est dans la nuit qu'il choisit de prendre la parole. Très vite Hitler prend l'habitude de se rendre en avion sur les lieux de ses discours. A l'apparition de l'appareil pris dans les faisceaux de la FLAK, la foule qui l'attendait depuis des heures l'acclame comme un messie ! Toutefois, dès qu'il est descendu, au lieu d'aller vers elle, Hitler se retire et s'isole pour se concentrer. Enfermé dans une chambre d'hôtel ou un petit baraquement construit tout exprès, buvant de grandes lampées d'eau minérale, il se prépare en faisant le vide.
hitler et la foule
A temps régulier, Hitler fait venir des observateurs qui l'informent de l'état d'impatience de la foule. Quand il juge qu'elle est à bout et risque de se disperser, précédé par une marche militaire, il se décide à apparaître. Les témoins s'accordent pour dire qu'en se dirigeant vers la tribune, Hitler ne dit pas un mot et jette machinalement des regards autour de lui. Il lui arrive aussi de siffloter inconsciemment : « Qui a peur du grand méchant loup? », l'air des Trois Petits Cochons, le dessin animé de Walt Disney qu'il préfère.
Une fois monté à la tribune, il se tait. Ce silence angoissant peut durer plusieurs minutes.
Lorsque Hitler commence enfin à prendre la parole, les mots viennent lentement, avec difficulté, et il les prononce d'une voix terne, impersonnelle et monocorde, comme il est de rigueur pour un hypnotiseur.
En même temps, dans cette phase-là, Hitler se comporte face à la foule comme un sourcier aux aguets. Un rien, un toussotement, un rire, une interjection, vont lui suffire pour prendre contact avec elle et l'interpeller. Aux premiers applaudissements indiquant que le courant passe, il démarre. La « séance » est commencée et va se dérouler comme une séance d'hypnose.
Son discours, qu'il va suivre ligne à ligne, est posé devant lui. Le dénigrement du présent est toujours son thème favori. Mais c'est l'état de la foule qui lui dicte la façon dont il va le prononcer. Quand la salle est chaude, le ton s'enflamme, les mots se chargent d'une violence sexuelle qui achève d'embraser l'auditoire. La voix devient cinglante et s'envole dans les aigus, la foule palpite, s'excite, suspendue à la moindre de ses vibrations. Hitler se lance alors dans une série de prophéties sur l'avenir flamboyant du Reich. Il « épouse » les mouvements secrets de son auditoire, qui éprouve alors le sentiment pleinement libérateur d'exprimer ses pulsions les plus cachées et de retrouver vivants, dans la voix de l'orateur, des désirs auxquels aucun Allemand n'osait plus croire. Les discours de Hitler deviennent pour l'Allemagne le lieu unique de tous ses défoulements.
les discours de Hitler
Au fil du discours, la tension monte, se resserre, devient presque insoutenable. Soudain, Hitler, prêt à suffoquer, s'arrête net. Les poings serrés devant son visage, les yeux clos, il a l'air en extase. La foule a comme un long soupir d'apaisement, de reconnaissance, d'abandon. Plus elle réagit et plus Hitler, utilisant les forces qu'elle lui communique, se gonfle de puissance et parle en maître. Et plus Hitler fait preuve de férocité, plus son auditoire plonge dans la transe et plus il se prend pour cet homme dur et infaillible, choisi pour conduire les foules allemandes vers les plus hautes destinées. « La foule, mon unique fiancée ! », déclare-t-il, encore haletant, à la fin d'un discours.
Contrairement à un véritable tribun qu'aiguillonnent les interventions hostiles de ses contradicteurs, Hitler ne supporte pas la moindre remarque d'un de ses opposants. Au début de sa carrière, si cela se produisait, Hitler, décontenancé, perdant toute assurance, devait quitter la tribune dans la déroute. Très vite, pour préserver cette fusion idyllique qui lui est indispensable avec la foule, Hitler dissémine des SA dans son auditoire, pour expulser les gêneurs manu militari'°. Hitler le justifie ainsi : « Celui que la Providence a chargé d'une mission supérieure ne peut admettre d'être interrompu. »
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