Le bunker d'Hitler

Le décor de la tragédie finale...

le bunker de Hitler
.Le formidable revêtement bétonné (lu bunker mettait ses hôtes à l'abri des bombes et des obus qui, à chaque instant, s'abattaient sur sa carapace. C'est à peine si le fracas des explosions parvenait - assourdi, tamisé — jusqu'aux habitants du labyrinthe souterrain.
Cette « termitière », sans précédent dans l'Histoire, il nous est bien difficile maintenant de nous la figurer. Il faut se référer aux récits des témoins. L'un de ceux qui passèrent avec Hitler ses dernières journées, le capitaine Gerhard Boldt, a décrit de façon hallucinante son arrivée dans l'antre, où une seule volonté décidait souverainement de la vie et de la mort de dizaines de millions d'hommes.
A la surface, aucun signe de vie. Pas un être humain. Pas une sentinelle pour veiller sur la nouvelle chancellerie. Il faut atteindre une porte qui donne accès au « monde enseveli ». Un SS surgit de l'ombre. Il examine longuement les papiers du visiteur. Puis, s'il a satisfait à toutes les règles du Sésame national-socialiste, il le conduit à l'intérieur de l'abri :
« Des soldats armés s'alignent le long du mur d'un long couloir que nous suivons. Certains fument, d'autres bavardent, d'autres encore sont accroupis, la tête en avant, et dorment. Le ronflement des ventilateurs couvre le bruit de leurs conversations. »
Ce qui frappe — d'abord — c'est que l'abri n'est pas entièrement achevé :
« Les pièces que nous traversons ont un aspect nu et hostile. On y respire cette odeur de moisi, particulière aux nouvelles constructions. :a
On traverse tout un lacis de petites chambres qui communiquent entre elles par des couloirs ou de minces portes d'acier :
« Il peut y avoir cinquante ou soixante de ces petites pièces. Le labyrinthe possède dix issues dont trois débouchent à l'air libre et les autres au rez-de-chaussée de la chancellerie. Beaucoup de ces pièces sont pleines jusqu'au plafond de pain, de boîtes de conserves et autres approvisionnements, de sorte qu'il est difficile d'y circuler. Partout s'offre le même spectacle. Les couloirs et les chambres sont remplis de soldats dont la plupart sont assoupis ou restent oisifs le long des murs. Quelques-uns constituent des groupes où l'on bavarde. D'autres sont étendus sur le plancher et dorment, l'arme à la main. Ce sont presque tous de grands et vigoureux jeunes hommes. Ils ne donnent pas l'impression d'être animés d'une ardeur particulièrement combative, mais plutôt d'une sorte de résignation passive à leur destin. Cette impression se confirme au cours des jours suivants, en s'étendant jusqu'aux officiers des plus hauts grades. »
Un étroit passage conduit à l'abri personnel du Führer. « Nous traversons le garage souterrain qui est relié par l'élévateur à la Voss-Strasse et suivons plusieurs corridors aboutissant à un long couloir situé sous la cour intérieure. Des attaques antérieures ont déchiré en plusieurs endroits le toit de béton dont l'épaisseur est assez faible, et l'eau monte jusqu'à la cheville. Il faut avancer sur des planches branlantes pour ne pas y patauger. Comme l'éclairage est très faible, cette partie du trajet est fort désagréable à accomplir. »
Pour arriver à l'abri du Führer, il faut descendre trente-sept marches. Au bas, on trouve un espace resserré, fermé par trois portes étanches « à l'air et à l'eau », précise Trevor-Roper. L'une des portes donne accès à l'office du majordome, Arthur Kannenberg. Par la seconde, on peut, en utilisant un escalier extérieur, déboucher dans le jardin du ministère des Affaires étrangères. La troisième porte donne accès aux deux appartements bien distincts de l'abri.
Dans le premier, douze chambres chacune n'étant guère plus vaste « qu'un grand placard » — six de chaque côté d'un couloir central : chambres de débarras, logements des domestiques, sans oublier la Diâtküche où sont préparés les plats végétariens de Hitler. Quand on arrive au bout du couloir central — ce couloir servait aussi de salle à manger commune pour tous les habitants de l'abri — on découvre un escalier en spi-
rale, lequel conduit au second appartement de l'abri « encore plus profond et un peu plus vaste ». Les rares privilégiés
qui y sont admis se trouvent dans le Fiihrerbunker, personnel de Hitler.
Le décor de la tragédie finale. Ici, dix-huit chambres, « petites, biscornues, inconfortables, et un couloir central ». Une cloison séparait le couloir en deux. L'une des parties servait de salle
d'attente générale et les chambres qui y avaient accès étaient des pièces utilitaires : lavabos et pièce de gardes, standard téléphonique de secours et chambre des moteurs. Au-delà de la cloison se trouvait le saint des saints. Le couloir central y de-
venait une salle de conférence où Hitler présidait chaque jour la réunion d'état-major. Une porte, à gauche, ouvrait sur une succession de six chambres qui étaient les appartements privés de Hitler et d'Eva Braun. Celle-ci avait une chambre à coucher-salon, une salle de bains et un cabinet de toilette ; Hitler disposait d'une chambre à coucher et d'un cabinet de travail. La sixième pièce était une antichambre.
Deux autres portes, également à gauche, donnaient l'une dans une étroite « chambre des cartes », utilisée pour les petites réunions, et l'autre dans une sorte de placard dénommé Hundebunker (abri du chien), utilisé comme lieu de repos par les détectives qui gardaient le Führer (1).
Au fond de cette pièce, une échelle donne accès à une tour d'observation en béton — jamais achevée. A la droite du couloir, les chambres des médecins, et une infirmerie. Au bout du couloir, une petite antichambre est utilisée comme vestiaire. De là, « par quatre étages d'escaliers en béton », on se retrouve dans le jardin de la chancellerie. C'est l'issue de secours.
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