Le testament de Lénine

D'après Lénine , Staline est trop brutal...

.Luttant contre la maladie avec un courage admirable, Lénine s'était efforcé de « liquider ses affaires ». A la fin de 1922, il avait dicté une lettre qui devait être lue devant le premier congrès du parti qui se réunirait après sa mort.
Dans ce « testament », Lénine mettait le parti solennellement en garde contre les défauts et les ambitions de Trotski et de Staline : « Devenu secrétaire général, le camarade Staline a concentré entre ses mains un immense pouvoir, et je ne suis pas sûr qu'il sache toujours en user avec assez de prudence. D'autre part, le camarade Trotski, comme l'a montré sa lettre contre le Comité central dans la question du commissariat du peuple aux Transports, n'est pas seulement un homme extraordinairement capable. Il est sans doute le plus capable au sein du Comité central actuel, mais, en revanche, son assurance excessive et son engouement, également excessif, pour le côté purement administratif des affaires, vont trop loin. »
Mais, quelques jours plus tard, Lénine éprouva le besoin d'ajouter une note supplémentaire à sa lettre du 24 décembre : « Staline est trop brutal, et ce défaut, tolérable dans les rapports entre communistes, est inadmissible au poste de secrétaire général. Aussi, je propose aux camarades de réfléchir aux moyens de déplacer Staline et de nommer à ce poste un homme qui présenterait, sous ce rapport, l'avantage d'être plus tolérant, plus loyal, plus poli, plus attentif à l'égard des camarades, moins capricieux. On pourrait croire qu'il s'agit là d'un détail insignifiant. Il n'en est rien. Compte tenu de ce que j'ai dit plus haut sur les rapports entre Trotski et Staline, ce détail peut jouer un rôle décisif. »
A première vue, ce jugement pouvait paraître surprenant. Dans une large mesure, Staline était la créature de Lénine et c'est avec son assentiment qu'il avait gravi tous les échelons de la hiérarchie et réussi à concentrer entre ses mains « un immense pouvoir ». En 1922, Staline exerçait trois fonctions d'une importance capitale. En tant que commissaire aux Nationalités, il régnait sur près de la moitié de la population de l'Union soviétique : 65 millions sur 145, depuis les Ukrainiens, les Biélorusses, jusqu'aux Géorgiens, Ouzbeks, Arméniens, Bouriates et Iakoutes. Toutes les régions périphériques de la vieille Russie constituaient son domaine incontesté et sa qualité de Géorgien lui permettait de dénouer les problèmes avec une finesse et une fermeté tout orientales.
En outre, il avait été nommé, en 1919, commissaire à l'Inspection ouvrière et paysanne, chargé de contrôler l'appareil administratif et de lutter contre l'apathie et la corruption dénoncées par Lénine. Ce système permettait à Staline de surveiller la marche de toute l'administration du pays et surtout d'en contrôler tout le personnel.
Enfin, il détenait, depuis le 3 avril 1922, un troisième poste clé, celui de secrétaire général du Comité central. Sa candidature avait été acceptée malgré quelques réserves de Lénine : « Ce cuisinier ne peut préparer que des mets épicés. » Cette nouvelle fonction donnait à Staline la possibilité de jouer un rôle déterminant dans l'activité du bureau politique chargé des grandes orientations. C'est, en effet, le secrétariat qui fixait l'ordre du jour, préparait la documentation et se chargeait de l'exécution d'une partie des décisions. En outre, le secrétariat établissait la liaison entre le bureau politique et la commission centrale de contrôle du parti, créée par Lénine, dans le dessein de purger périodiquement le parti des éléments douteux, ambitieux, « anarcho-syndicalistes »... En principe, chaque citoyen pouvait participer aux commissions d'épuration. Lénine y voyait une manière de remplacer de vraies élections. Mais la commission de contrôle ne tarda pas à se rapprocher du secrétariat, ce qui permit, par la suite, à Staline de diriger les « purges » et de peupler le parti de ses créatures.
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Staline et lénine
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