Le fameux serment à Lénine

Staline fit embaumé le corps de Lénine

.Le 21 janvier 1924, Lénine fut terrassé par une dernière crise. Sa mort posa immédiatement le problème de sa succession. Dans la lutte engagée, Staline marqua immédiatement un premier point. C'est lui qui dirigea les funérailles solennelles du grand disparu, aux côtés de Kamenev et de Zinoviev. Trotski brilla par son absence. Malade, il se trouvait au Caucase et Staline l'aurait trompé sur la date des funérailles !...
Le cercueil de Lénine fut exposé pendant quatre jours à la Maison des syndicats à Moscou et porté, le 27 janvier, dans la crypte du futur mausolée de la place Rouge. En combinant une cérémonie grandiose, en contradiction avec les idées simples du disparu, Staline jetait les bases du culte de Lénine. Et le 28 janvier, au cours d'une cérémonie commémorative, il prêta le fameux serment à Lénine :
Camarades, nous, communistes, sommes d'une contexture particulière. Nous avons été faits d'une étoffe spéciale. Il n'est pas de titre plus enviable que celui de membre du parti dont le camarade Lénine a été le fondateur et le chef. Il n'est pas donné à tout le monde d'être membre d'un tel parti. Les fils de la classe ouvrière, les fils de la misère et du combat, les fils de privations incroyables et d'efforts héroïques, ceux-là avant tout, doivent être membres d'un tel parti.
En nous quittant, le camarade Lénine nous a ordonné de porter haut et de garder pur le grand titre de membre du parti. Nous te jurons, camarade Lénine, que nous accomplirons ton commandement avec honneur. En nous quittant, le camarade Lénine nous a ordonné de veiller à l'unité du parti comme à la prunelle de nos yeux. Nous te jurons, etc.
En nous quittant, le camarade Lénine nous a ordonné de préserver et de renforcer la dictature du prolétariat. Nous te jurons, etc.
Ce serment révolutionnaire, d'allure mystique s'intégrait dans la liturgie de la nouvelle Eglise. Mais pour couronner le culte de Lénine, Staline fit adopter une décision d'une très grande portée. Le corps du chef de la révolution fut embaumé. Dans la religion orthodoxe, le corps du bienheureux ne se décompose pas. Dès lors, la dépouille mortelle de Lénine, exposée dans son cercueil de verre dans le mausolée de la place Rouge, allait devenir le centre de pèlerinage d'un peuple qui associait les superstitions du passé avec le culte de la nouvelle Rome.
Généralement, on a tendance à identifier la lutte pour la succession qui allait s'ouvrir avec un duel entre Trotski et Staline. Nombre d'historiens et d'écrivains se sont livrés à de brillants exercices de style pour souligner l'opposition profonde entre les deux hommes. D'un côté, l'organisateur de la victoire, le meneur d'hommes, l'intellectuel israélite subtil, le fin dialecticien : de l'autre, le Géorgien, peu à son aise dans la scolastique, froid, calculateur et rusé. De ces « parallèles », retenons celui d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie :
Trotski était public, ondoyant et humain ; il avait trop d'idées, trop d'imagination, n'attendait ou ne persévérait pas. Staline, éclipsé dans la gloire, savait attendre, reculer, persévérer. Ses discours, ses déclarations, ses articles, nous apparaissent d'une étonnante pauvreté. Paralysé par les foules, les auditoires, les lecteurs, par l'attention publique en somme, il ne sait pas formuler sa pensée, il rumine les images, les métaphores, les plus piètres, les plus usées. Il se réfugie dans le jargon stalinien qui, plus tard, s'imposera à tous les partis communistes du monde. Mais tous les témoins, des plus petits aux plus grands, de Lénine à Churchill, reconnaissent que sa pensée se formulait aisément et avec force dans les situations confidentielles, les conversations, les ordres, pour se traduire en actes.
enterrement de lénine
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