Staline et le pacte germano-soviétique

Staline... A la santé du Führer Hitler

.Veuillez rendre compte immédiatement au Führer qu'une première conversation de trois heures avec Staline et Molotov vient de se terminer. Elle s'est déroulée d'une façon tout à fait positive pour nous, mais le point décisif pour aboutir au résultat final est une demande des Russes pour que nous reconnaissions comme inclus dans leur zone d'influence les ports de
• Libau et de Windau. Je serais heureux de savoir, avant 20 heures, heure allemande, si le Führer est d'accord. On a prévu la signature d'un protocole secret sur la délimitation des deux zones d'influence dans tontes les régions orientales et j'y ai donné mon plein assentiment.

RIBBENTROP.
Moins d'une demi-heure plus tard, la réponse du Führer arrive. Elle tient en cinq mots :
« La réponse est oui, d'accord. »
Aussitôt en possession de ce télégramme, Ribbentrop retourne au Kremlin. Il est d'excellente humeur. Cette fois-ci, le gauleiter Forster et une suite nombreuse l'accompagnent. Les grandes portes de la tour du Rédempteur s'ouvrent pour laisser entrer les voitures. Des hommes de la G.P.U. surgissent de l'ombre, des signaux lumineux clignotent, des sonneries retentissent.
Les automobiles pénètrent lentement dans la cité mystérieuse. Elles passent devant la plus grosse cloche du monde qui s'est fêlée avant d'avoir tinté, devant le plus gros canon de son temps, si énorme qu'on n'a jamais osé le tirer, devant de petites maisons de bois et de hautes églises, et s'arrêtent enfin devant le bâtiment administratif moderne, où Staline attend ses hôtes, entouré de Molotov, de Potemkine, du général Chapochnikov et de plusieurs autres dignitaires du régime.
Le visage rayonnant de joie, Ribbentrop va vers lui et lui annonce que Hitler a donné son accord à la dernière demande soviétique.
En entendant ces mots, Staline blemit. Il ne saisit pas immédiatement la main que lui tend le ministre du Reich. L'acceptation aussi rapide d'une exigence aussi grave éveille ses suspicions. Elle lui donne à penser que les Allemands ne sont pas sincères, qu'ils n'ont cédé les ports lettons que parce qu'ils ont l'intention de les reprendre à la première occasion.
Voilà qu'un spectre nouveau est apparu, fugitif comme une ombre, mais il est apparu quand même : l'éventualité d'une guerre germano-russe, provoquée par la cession des ports courlandais.
Pourtant le désarroi de Staline ne dure que quelques secondes. Il reprend vite contenance et saisit la main de Ribbentrop, qu'il serre longuement. Les éclairs de magnésium remplissent la pièce de leur clarté blafarde. Les photographes enregistrent la scène pour la postérité...
Il n'y a plus qu'à rédiger le texte définitif du pacte.
Alors, tout à coup, le décor change. L'insipide bureau, rempli de meubles d'acajou sombre à l'ancienne mode, se transforme en salle de banquet. La table brune se couvre rapidement de toutes les excellentes choses qui font la réputation de la cuisine russe.
Staline renvoie la vieille servante et joue lui-même le rôle d'amphitryon. Il débouche les bouteilles de champagne et remplit à la ronde les verres de ses invités. Les nasdoroviye se succèdent sans arrêt, les longues papyros s'allument, l'ambiance s'échauffe rapidement. Staline pousse l'amabilité jusqu'à prononcer quelques mots d'allemand. Il dit Prosit et Gesundheit.
staline et le pacte germano soviétique
staline et ribbentrop
La conversation s'anime de plus en plus. Hilger et Pavlov, les deux interprètes, échangent des bons mots comme des balles de ping-pong.
L'ivresse causée par le champanskoye (on nomme ainsi le champagne de Crimée) se mêle à l'euphorie que provoque la réussite d'une aventure, où, d'un seul coup et de la façon la plus inattendue, le tableau de la politique mondiale se trouve radicalement transformé.
Mais si, comme le dit Ribbentrop, Staline prend tout à coup des allures « de bon père de famille », il ne faudrait pas en déduire qu'il cesse d'être aux aguets. Cette petite fête improvisée lui permet de poursuivre, à bâtons rompus, une conversation politique au cours de laquelle il cherche à percer les arrière-pensées de ses interlocuteurs. Peut-être est-ce dans ces moments-là, où sa volonté de puissance se dissimule derrière une jovialité factice, qu'il est le plus inquiétant...
Tandis que Staline et Ribbentrop donnent libre cours à leur gaieté et que les bouteilles de vodka circulent à la ronde, le temps passe. Il est près de 3 heures du matin. Le moment des toasts approche.
« Je sais combien la nation allemande aime son Führer, déclare Staline. C'est pourquoi je désire boire à sa santé !
Ribbentrop répond en portant des toasts à Staline, à Molotov et à l'amitié germano-russe.
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