1929... Staline maître du pays

Staline avait un fonds de cruauté digne de Pierre le Grand ou d'Ivan le Terrible.

trotski contre staline
.Il faut bien reconnaître qu'à l'époque Staline n'inquiétait personne. Sa vie simple et austère plaisait au parti. Son attitude semblait être le comble de la modestie. Dans les querelles qui opposaient entre eux les épigones, il faisait preuve de conciliation. Dans les discussions du bureau politique, il présentait ses opinions avec beaucoup de calme et de pondération ; il se ralliait toujours facilement à l'avis de la majorité. Il faisait simplement figure d'administrateur et de technocrate émérite. « Ce qui était frappant chez le secrétaire général, c'est qu'il n'y avait rien de frappant chez lui ! »
En 1924, ce fut Trotski (à gauche) qui prit l'offensive en publiant un livre : les Leçons d'Octobre. Il s'agissait, en apparence, d'une étude théorique sur le mécanisme des révolutions. Mais la démonstration de Trotski s'appuyait sur un historique des événements de 1917 et il en profitait pour donner de méchants coups de patte à Kamenev et à Zinoviev, traités de briseurs de grève de la révolution. Les triumvirs (à gauche) (Kamenev, Zinoviev et Staline) réagirent vivement .
Mais, l'année suivante, la controverse entre la « Troïka » et Trotski allait tourner autour du problème capital de l'orientation du socialisme. La majorité des communistes considérait que la construction du socialisme était parfaitement réalisable dans la Russie soviétique, malgré son état économique arriéré.
Trotski affirmait sa conviction qu'une révolution socialiste dans un pays primitif ne pouvait que s'effondrer devant une Europe capitaliste. Cette thèse avait d'ailleurs été adoptée, un moment, par Lénine. En 1924 encore, Staline lui-même affirmait : « Pour renverser la bourgeoisie, il suffit des efforts d'un seul pays, l'histoire de notre révolution l'a prouvé. Pour la victoire finale du socialisme, pour l'organisation de la production socialiste, les efforts d'un seul pays, surtout d'une nation paysanne comme la Russie sont insuffisants ; pour cela, il faut les efforts des prolétaires de plusieurs pays avancés. »
Un an plus tard, Staline défendait un point de vue opposé. La Russie, à elle seule, réussirait à construire un système socialiste complet. Staline remportait une victoire psychologique. Il bénéficiait de l'approbation de la majorité des membres du parti, qui réclamait un répit et qui redoutait les conséquences extérieures d'une nouvelle crise révolutionnaire européenne. Les gouvernements bourgeois ne seraient-ils pas tentés d'écraser une fois pour toutes ce foyer de subversion ? En outre, Staline flattait les sentiments patriotiques des communistes russes ; l'U.R.S.S. pouvait créer seule la société sans classes, sans avoir recours à l'espoir, toujours déçu, d'une révolution des travailleurs européens. La construction du socialisme deviendrait donc une tâche neuve, exaltante, libératrice, qui concernerait un véritable continent, le sixième des terres.
Kamenev, Zinoviev et Staline
En 1925 Staline venait de réaliser un coup de maître. Isolé, désavoué par le parti, Trotski se voyait privé de ses fonctions de commissaire à la Guerre, avant d'être expulsé du bureau politique, en octobre 1926. Il devait se contenter de modestes fonctions économiques. Dans l'affaire, la « Troïka » avait éclaté ; Staline se détachait maintenant de Zinoviev et de Kamenev, qui tentèrent un instant sans succès de se rapprocher de Trotski.
Les décisions du 14e congrès ne firent que ratifier les idées de Staline.
Staline disposait maintenant d'une position de premier plan, qui le plaçait au juste milieu entre les gauchistes, Zinoviev, Kamenev et Trotski, et les droitiers. Boukharine, Rykov et Tomski, avec lesquels il était pour le moment en communion d'idées et qui lui apportaient leur soutien. Il dirigeait un parti solide, bien tenu en main, peuplé de ses créatures et dont les effectifs atteignaient 724 000 membres. Il bénéficiait encore de l'appui de l'armée Rouge grâce .à son ami Vorochilov, commissaire à la Guerre. Enfin, il pouvait compter sur la Guépéou, l'ex-Tchéka, forte de plus de 200 000 hommes et qui étendait son pouvoir sur tout l'État soviétique.
Désormais, les choses devaient aller très vite. Staline put se débarrasser complètement de l'opposition des gauchistes. Il profita de manifestations dans les rues de Moscou, le 7 novembre 1927, à l'occasion du dixième anniversaire de la révolution d'Octobre, pour exclure du parti Trotski et Zinoviev. Un mois plus tard, le congrès chassait du parti une centaine d'opposants de gauche, dont Kamenev. En 1928, Trotski était déporté au Kazakhstan, avant d'être expulsé de Russie l'année suivante et privé de tous ses droits de citoyen soviétique. Après avoir résidé en France, en Norvège et au Mexique, il fut assassiné en 1940 par un agent stalinien qui avait réussi à gagner sa confiance. Quant à Kamenev et à Zinoviev, ils n'évitèrent la déportation que par une capitulation en règle. Mais, ils devaient figurer en bonne place dans les procès de Moscou de 1936.
L'industrialisation accélérée et la collectivisation forcée devaient conduire ensuite à l'élimination des « droitiers », inquiets de la violente opposition des paysans et des menaces de famine qui pesaient sur les villes. Boukharine et Rykov réclamaient une pause dans les campagnes et le ralentissement de l'industrialisation. Ils dénonçaient à mi-voix le changement qui s'était opéré en Staline : son despotisme, son manque de scrupules, son mépris pour l'opinion publique ou l'élite du parti. Boukharine tenta un rapprochement avec Kamenev. Il était déjà trop tard.
boukharine
En avril 1929, le parti rejeta les thèses des déviationnistes de droite. Boukharine et Rykov furent éliminés du bureau politique.
Staline était donc le maître. Il avait obtenu cette situation prépondérante sans tenir de fonction officielle dans, l'Etat et en respectant la « légalité du parti ». C'est lui qui allait être l'artisan de la « troisième révolution », celle qui allait rejeter la structure médiévale de la Russie, faire de l'Union soviétique une des grandes puissances économiques et militaires du monde, au prix de souffrances inouïes, de l'expropriation de cent millions de paysans, de la perte totale de toute liberté politique et intellectuelle. La Russie se donnait un nouveau tsar. Le pouvoir révélerait chez Staline des qualités incomparables d'homme d'Etat, mais également un fonds de cruauté digne de Pierre le Grand ou d'Ivan le Terrible. Déjà apparaissait le culte de la personnalité : « Staline est le Lénine d'aujourd'hui. »
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