Staline pendant la guerre civile

Staline en première ligne de juin 1918 à juillet 1920

.Les historiens soviétiques de l'ère Gorbatchev réexaminent aussi le rôle militaire de Staline, notamment celui qu'il joua durant la guerre civile (1918-1921). La jeune République soviétique de Russie se trouve alors dans une situation dramatique, car elle est assaillie par des généraux « blancs », contre-révolutionnaires, incapables de s'unir mais aidés par les interventions des Alliés (Français, Britanniques, Japonais et Américains). Les peuples allogènes de l'Empire russe (Baltes, Polonais, Ukrainiens ou Caucasiens) en profitent pour faire sécession et leurs gouvernements s'engagent aux côtés des Blancs. Littéralement encerclée, l'Armée rouge créée par Trotski doit combattre sur tous les fronts à la fois.
A l'exception de Lénine, tous les dirigeants du parti bolchevique sont envoyés en première ligne, Trotski assurant la direction militaire de l'ensemble des opérations. Staline part comme les autres. De juin 1918 à juillet 1920, il se rend trois fois sur le front sud, face au général blanc Denikine, une fois sur le front est face à Koltchak, puis à Petrograd, assiégée par Ioudenitch, avant de se voir confier, en juillet 1920, la direction de l'aile gauche de l'armée de Toukhatchevski, laquelle, après avoir repoussé les Polonais, fonce vers Varsovie.
Ainsi présenté, ce bilan paraît impressionnant. En général, on retient de son activité de commissaire aux Armées ses démêlés personnels et politiques avec Trotski, qui s'expriment lors du Ville congrès du parti bolchevique, en 1919. Staline y organise en coulisses une tendance oppositionnelle qui regroupe les militants et les cadres favorables à une guerre de guérilla, menée par des détachements de partisans, et donc hostiles à la ligne défendue par Trotski. Ce dernier veut constituer une armée centralisée et employer massivement les « spécialistes militaires », c'est-à-dire les anciens officiers de l'armée du tsar (quarante à soixante mille d'entre eux ont servi dans l'Armée rouge).
Aujourd'hui, plus que sur ce débat théorique, les historiens soviétiques insistent sur la cruauté gratuite et le caractère désordonné de l'activité de Staline dans ses fonctions militaires. Ils éclairent notamment l'épisode de son passage à Tsarytsine, la ville qui fonda sa légende de héros de la défense nationale et qu'il fit rebaptiser Stalingrad en 1925. Il y est envoyé en juin 1918 pour s'occuper des approvisionnements. A peine arrivé, il déclare que le général Snessarev, ancien officier cosaque de l'armée tsariste nommé chef du district militaire du Nord-Caucase, « sabote très habilement le travail ». Il exige la mise à l'écart de ce dirigeant qui « n'a pas les moyens, ne peut pas ou ne veut pas faire la guerre à la contre-révolution ». L'absence de toute preuve, voire de tout indice sérieux, ne l'empêche pas d'arrêter Snessarev et la quasi-totalité de son état-major, internés sur une péniche transformée en prison. Staline fait exécuter chaque jour quelques-uns des suspects qui s'y entassent afin de mieux prouver son autorité.
Une mission d'enquête ayant sauvé la vie de Snessarev, Staline s'en prend alors au chef d'état-major du front sud, l'ancien général tsariste Sytine, qu'il accuse d'exercer un pouvoir personnel. Il le destitue donc et nomme à sa place Vorochilov (bas gauche), cet officier que Trotski (gauche) jugeait au mieux apte à commander un régiment. Vorochilov démontrera plus tard l'étendue de son génie militaire en prônant contre le développement des blindés celui de la cavalerie, arme décisive, selon lui, de la prochaine guerre... Durant le second conflit mondial, il conduira l'Armée rouge à une série de défaites qui auraient pu être évitées et Leningrad à un blocus de neuf cents jours, à partir d'août 1941. Mais, entre-temps, il a édifié la légende de Tsaritsyne qui fait de Staline le vainqueur du front sud. C'est un service qui vaut bien le commandement de l'Armée rouge ! Le maréchal Vorochilov lui doit peut-être aussi la vie : Staline la lui laissera jusqu'au bout, bien qu'il ait fini par soupçonner son docile complice de travailler pour l'Intelligence service.
En fait, malgré ses communiqués fanfarons, Staline ne parvient pas à redresser la situation à Tsarytsine en 1918 et il est rappelé à Moscou à la mi-octobre. Il se vengera plus tard de ce match nul avec les anciens généraux tsaristes, lorsqu'il sera devenu le maître absolu de l'URSS et du Parti après la mort de Lénine (1924). En 1930, Sytine, Snessarev et bien d'autres seront fusillés pour avoir fomenté un imaginaire complot monarchiste.
Staline en 1918
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