L'enfance de Staline

Sa mère Catherine appelait affectueusement son fils "Soso"

.Parmi les montagnes du Caucase, là où finit l'Europe et où commence l'Asie, se trouve Gori, bourgade parsemée de rochers dont la population est de cinq mille âmes. C'est là que, le 21 décembre 1879, un fils naquit à Catherine et Vissarion Djougachvili. Ils l'appelèrent Joseph. Plus tard, il prit le nom de Staline, « l'homme d'acier ».
Le père de Joseph était un cordonnier qui gagnait peu, buvait beaucoup et n'est mentionné qu'en passant dans les biographies officielles de Staline. On raconte, cependant, qu'il infligeait à Joseph de « terribles corrections imméritées ».
Mais Catherine, mère aimante, appelait affectueusement son fils « Soso ». Ses parents étaient des serfs de village qui l'avaient mariée jeune. Quand Joseph naquit, elle avait vingt ans et il avait déjà été précédé de trois enfants qui moururent en bas âge.Joseph fut élevé comme un enfant unique.
La maison familiale était modeste et son loyer bon marché ; bâtie en pierre, elle se composait d'une seule pièce au sol dallé et d'une cuisine en alcôve. Vissarion avait une échoppe où il réparait les souliers. Quelquefois il travaillait dans une fabrique de chaussures à Tiflis, capitale de la Géorgie, distante de 80 kilomètres de Gori. Catherine lavait du linge et raccommodait des vêtements pour les voisins.
A l'âge de sept ans, Joseph tomba malade de la petite vérole et sa mère le soigna à la maison. Son visage en resta grêlé toute sa vie.
Henri Barbusse, l'écrivain français communiste dont la biographie de Staline, publiée en 1935, reçut l'approbation de Staline, écrit que « comme enfant, Staline était petit et svelte, avec une expression audacieuse, presque impudente et des yeux légèrement asiatiques ». Il semblait taquiner ou défier les garçons plus grands qui le tourmentaient fréquemment.
Soit dans un combat juvénile, soit par suite d'un accident, son bras gauche fut grièvement blessé. La plaie s'infecta et l'infection se généralisa. Il faillit mourir. « Je ne sais pas ce qui m'a sauvé », disait plus tard Staline. « Ce fut ou ma robuste constitution ou le remède de la femme médecin du village. Mais je me rétablis. »
C'est ainsi que Staline expliquait la rigidité de son coude et le raccourcissement de son bras gauche, comme le rapporte sa belle-soeur Anna dans ses Mémoires publiés à Moscou en 1946. Mais Léon Trotsky, écrivant en 1940, dit qu'il a souvent vu Staline porter un gant épais à la main gauche pendant les réunions du Politburo et que « le rhumatisme en était la raison généralement acceptée ». D'autres auteurs affirment que le bras était court de naissance. Toutes les autorités, par contre, sont d'accord pour dire que le deuxième et le troisième orteil du pied gauche de Staline étaient soudés depuis sa naissance. Comme le fils du pauvre cordonnier allait généralement pieds nus, les autres garçons le remarquaient souvent et s'en moquaient.
Staline passa son enfance dans un petit Monde où la nature était belle et rude et l'homme rude et pauvre. La Géorgie conservait alors de nombreuses caractéristiques du Moyen Age. Bien qu'il se considérât comme Géorgien et soit toujours tenu pour tel, Staline était moins affable, moins beau et nonchalant, moins ardent et démonstratif et plus ambitieux que la plupart des Géorgiens.
Le père avait le projet de placer Joseph en apprentissage chez un savetier, mais il mourut quand son fils avait onze ans, et dès avant cette époque, la volonté de Catherine s'avérait la plus forte. Elle détestait le métier de son mari et de son beau-père qui mène proverbialement à la pauvreté et à l'ivrognerie. Elle voulait que son fils fût instruit. Chrétienne dévote, elle rêvait de faire de Soso un prêtre.
la mère de Staline
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Celui qui se destinait à la prêtrise pouvait être instruit gratuitement. L'église offrait la perspective d'un bon gagne-pain et d'une bonne situation sociale. En conséquence, lorsque Joseph atteignit neuf ans, Catherine le fit entrer dans la petite école préparatoire religieuse locale. Le premier volume des oeuvres complètes de Staline, publiées à Moscou en 1946, nous apprend que cette institution comportait quatre classes ; Staline y entra en septembre 1888 et la quitta en juin 1894, mettant de la sorte six ans à suivre les quatre classes.
Il a peut-être été mauvais élève, à moins qu'il n'ait été malade. Quand il fut muni de son diplôme, sa mère l'envoya au séminaire théologique grec orthodoxe de Tiflis.
Au bout de moins d'un an, il se joignit au mouvement révolutionnaire secret. L'étudiant en théologie abandonna alors Dieu et Jésus en faveur de Marx et de Lénine. Sa bible était le Capital de Karl Marx. Il resta néanmoins cinq ans au séminaire. Il vivait dans deux mondes. Durant la période formative, impressionnable de sa vie, entre quinze et vingt ans, Staline mena dne existence double, l'une ouverte et mensongère, l'autre secrète et passionnante. Il apprit à dissimuler. Ce qu'on voyait était faux et le vrai invisible.
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