L'assassinat de Serge Kirov

Staline a ordonné le meurtre de Kirov

.Depuis longtemps, la question est posée : qui a ordonné l'assassinat de Serge Kirov ? Qui a armé le bras du jeune tueur Nicolaiev ? Depuis longtemps, une liste impressionnante de faits troublants désigne Staline. A la fin du XXe congrès du PCUS, en février 1956, Khrouchtchev a constitué une commission d'enquête sur le meurtre. Or, celle-ci n'a jamais publié le moindre document ni la moindre conclusion. Mais certains de ses membres sont encore en vie, et un juriste soviétique écrivait récemment : « La version selon laquelle Kirov aurait été abattu sur l'ordre de Staline a été avancée immédiatement après l'attentat. Mais, bien entendu, à cette époque, nul n'a osé en vérifier les données (...) Cette version des faits a-t-elle des fondements ? Oui. Les vérifier aujourd'hui ne dépend pas de la seule justice.
Car tous les témoignages convergent pour accuser Staline. Une ancienne déportée, la fille du président du soviet de Leningrad de 1930 à 1937, Kadatski, relate à ce propos une anecdote révélatrice. Staline, Vorochilov et trois des futurs organisateurs des purges, Jdanov, Ejov et Iagoda, arrivèrent à Leningrad le soir même du meurtre. « Staline, affirme la fille de Kadatski, exprima le désir de rendre visite à Nicolaiev dans sa prison. » Il y alla, accompagné de deux Leningradois. Lorsque la porte de la cellule s'ouvrit, il déclara d'un ton tragique au meurtrier : « Quel homme tu as tué ! » Mais il resta ensuite seul à seul avec lui, et Nicolaiev confia plus tard à l'agent du NKVD (ministère de l'Intérieur) chargé de le surveiller : « On m'a promis la vie sauve si je mets en cause les zinovievistes de Leningrad. » Or, qui aurait pu faire une telle promesse à l'assassin du numéro 2 du Parti, sinon celui qui avait tous les pouvoirs et qui avait intérêt à ce que l'accusé ne parle pas ? Qui a ensuite décidé de bafouer cette promesse pour éliminer un homme qui en savait trop ? La réponse est évidente...
S'il est donc probable que Staline a ordonné le meurtre de Kirov, reste à savoir pourquoi. On présente souvent la victime comme un rival du chef de l'Union soviétique, mais les indices permettant d'accorder foi à cette interprétation sont trop minces pour en faire un mobile valable. En revanche, il est certain que les cadres de l'appareil, après avoir triomphé des diverses oppositions internes, étaient désireux de conserver leur position et se cherchaient un patron qui leur donne plus de garanties de sécurité que le vindicatif, soupçonneux et brutal Staline. Leur choix se porta sur Kirov.
Lors du XVIIe congrès de 1934, un groupe de secrétaires régionaux vint demander à Kirov de transmettre à Staline leurs critiques sur sa grossièreté, son intolérance et sa morgue. Kirov fit effectivement part de cette conversation au secrétaire général du Parti qui ne l'oublia pas. Comme il n'oublia pas l'humiliant résultat du vote, à bulletins secrets, pour l'élection des membres du Comité central, à la fin du congrès : sur un peu plus de 1 200 voix, 3 seulement manquaient à Kirov et 292 à Staline qui ordonna immédiatement la destruction des bulletins et le truquage des scores obtenus. Le délégué géorgien Papava, informé du résultat réel, s'exclama : « C'est la mort de Kirov ! » Et d'autres... En effet, plus des deux tiers des délégués — staliniens — à ce congrès périront lors des grandes purges des années 1930.
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