L'invasion des Sudètes

Accueil délirant réservé au Führer

invasion des  Sudètes en 1938
invasion des Sudète par Hitler
Les paroles prononcées par Hitler à Cheb pour féliciter ses nouveaux sujets de leur amour pour la mère patrie présageaient nettement l'avenir. Il assura, dans son style grandiose: «Au-dessus du plus grand Reich allemand s'étend un bouclier allemand qui le protège et que protège lui-même une épée allemande!» Les auditeurs attentifs notèrent que, en une journée d'occupation, le territoire des Sudètes était devenu partie intégrante du Reich, et comprirent la signification dés mots «plus grand» et «épée». Quant à Hitler, convaincu que la seule menace suffirait à faire de lui le maître de l'Europe, il commença à préparer l'annexion suivante.
La population de la région des Sudètes, en majorité d'origine allemande, les accueillit à bras ouverts, dans une atmosphère de liesse. D'immenses drapeaux nazis, que les agents du Parti avaient partout introduits en contrebande, flottaient aux fenêtres sur le passage des envahisseurs, auxquels l'armée tchèque avait reçu l'ordre de ne pas opposer de résistance. Des femmes jubilaient ou pleuraient d'émotion en faisant le salut nazi; d'autres mettaient au cou des soldats des colliers de fleurs.
Dans ce décor d'idylle, on assista pourtant à des scènes de mauvais augure. A Cesky Krumlov, une populace allemande tira dans le dos des soldats tchèques qui évacuaient les lieux. Dans d'autres villes, on mit à sac des magasins et des maisons appartenant à des Tchèques et à des Juifs. Dans une gare, un employé chargé de vendre les billets refusa de donner sa caisse à des pillards sudètes: il fut assassiné. A Prague, on vit pleurer les vétérans de la légion tchèque. Désespéré, le président Benes quitta la capitale de la Tchécoslovaquie amputée et s'exila volontairement en Angleterre. Le général Jan Syrovy, commandant en chef de l'armée tchèque, lui succéda provisoirement. Il était lui aussi au désespoir, car il savait qu'il avait perdu sa principale ligne de défense à partir du moment où les fortifications qui hérissaient la région des Sudètes échappaient complètement au contrôle de Prague.
La conférence a lieu le 29 septembre 1938 à Munich, dans la « maison du Führer ». Elle réunit Chamberlain, Daladier et Mussolini. Les Tchèques avec qui Hitler refusait de traiter directement sont absents. L'Union Soviétique n'est pas invitée. Mal préparée, la conférence se déroule de 12 h 45 à 20 h 00 dans une certaine confusion. L'accord finalement signé donne toute satisfaction à Hitler. L'intégralité du territoire des Sudètes est attribuée au Reich. Les populations tchèques désirant quitter les zones rattachées à l'Allemagne auront jusqu'au 10 octobre pour le faire. La France et la Grande-Bretagne s'engagent à garantir les nouvelles frontières de la Tchécoslovaquie. Quant au gouvernement de Prague, il est mis devant le fait accompli et obligé de s'incliner. A leur retour en France et en Grande-Bretagne, Daladier et Chamberlain sont célébrés comme des héros. La paix a été sauvée.
Le 1er octobre 1938, la Wehrmacht pénètre dans les Sudètes sous les acclamations des habitants. Pour Hitler, c'est un succès total, obtenu sans tirer un seul coup de feu. Pour la Tchécoslovaquie, c'est une catastrophe. Le pays est amputé de 30 000 km² (environ 38 % de la superficie de la Bohème) et perd 3 550 000 habitants dont 2 800 000 Allemands et 750 000 Tchèques. La ligne de défense fortifiée étant englobée dans les territoires cédés, le pays devient indéfendable. A la perte des Sudètes s'ajoutent, peu après Munich et à la suite d'accords arbitrés par Ciano et Ribbentrop (1 octobre et 2 novembre 1938), celle de différents territoires revendiqués par les Polonais et les Hongrois.
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