Le bluff de Hitler

Hitler joue au poker et gagne

Le pessimisme des généraux
Adolf Hitler se moque bien des chiffres et des problèmes d'intendance. Il ne croit qu'à son intuition politique, à ce qu'il nomme dans ses discours la Providence et que certains baptisent son génie. Il lance au général Fritsch incrédule :
Vos renseignements ne valent rien. Moi je vous dis que l'armée française n'entrera pas en campagne. Nos troupes arriveront en Rhénanie l'arme à la bretelle. Et c'est alors qu'il prononce la phrase décisive : Si la France réagit, je me suiciderai ! Le Führer rompt l'entretien sur cette déclaration mélodramatique et s'enferme pour réfléchir, pendant deux jours, dans la solitude la plus totale.
Le 6 mars 1936, Adolf Hitler annonce sa décision à ses proches : Je donne l'ordre à nos troupes d'entrer dans la zone démilitarisée. Il a ce regard brillant, presque extatique, qu'ont connu ses plus vieux compagnons, ceux qui se trouvaient avec lui au soir du 8 novembre 1923, lors de cette folle nuit du putsch de Munich. Mais cette fois, Adolf Hitler semble étrangement calme. Il est certain qu'il peut gagner. Qu'il doit gagner
Gagné ou perdu
C'est le plus grand pari de sa carrière. Jusqu'ici il n'avait lancé de défi . qu'à l'Allemagne. En cette aube grise, il provoque le monde entier. Dans quelques heures, il aura gagné ou il aura perdu. La moindre intervention militaire française serait un désastre. La nouvelle Wehrmacht ne donne pas à son chef suprême le droit de se tromper. Mais pour le Führer, il ne s'agit pas de guerre. Il s'agit de bluff.
Maintenant, les troupes allemandes avancent dans la zone démilitarisée. Le colonel Gallenkamp a dressé les plans de l'opération qui réussira à la seule condition de ne se heurter à aucune opposition. Les hommes n'ont même pas perçu de cartouches
Le bluff réussit
Trois soldats à bicyclette se présentèrent d'abord. Sous le casque d'acier, les visages étaient jeunes, les silhouettes musclées. Un murmure d'approbation monta de la foule massée sur le parvis de la cathédrale de Cologne. La rumeur s'enfla jusqu'à l'extase: l'infanterie allemande arrivait sur la place, défilant au pas de l'oie, dans un ordre impeccable.
Tant que le commandant du détachement passa ses troupes en revue, les spectateurs observèrent un silence religieux et se continrent jusqu'à ce qu'une petite fille offrît au général un bouquet d'oeillets rouges. Ce geste mit fin à la cérémonie. Criant, chantant, déferlant sur la place, la population de Cologne explosait de joie.
Cologne n'était pas la seule ville à connaître cet état de fièvre, ce samedi 7 mars 1936. Deux autres villes de la rive gauche du Rhin virent des scènes identiques au moment où les troupes allemandes franchissaient, de la rive droite, les ponts du fleuve. Pour tous les habitants de la Rhénanie, leur venue revêtait un sens parfaitement clair: Hitler remilitarisait la région et amenait l'armée allemande renaissante aux portes de l'ennemi, la France.
Personne ne veut la guerre
Personne ne veut la guerre. Personne ne veut le risque même de la guerre. Le bluff d'Adolf Hitler a parfaitement réussi. Un seul mot d'ordre : ne rien faire.
Le Conseil se contentera de constater que l'Allemagne a violé le pacte de Locarno, mais il se gardera bien de proposer la moindre sanction. Puisque les Français n'ont pas voulu prendre l'initiative d'une riposte, aucun gouvernement étranger n'est décidé à se montrer « plus royaliste que le roi »..
La reculade
En cette tragique journée du 7 mars 1936, à 18 heures, la France n'a encore trouvé qu'une réplique : la réunion d'un nouveau Conseil des ministres. Pierre-Etienne Flandin reçoit ses collègues avec un air plus funèbre que jamais. Les ministres parlent. Ils parlent beaucoup. Mais personne n'est décidé à agir, et surtout pas Albert Sarraut. Le ministre des Affaires étrangères donne le ton de ce lamentable Conseil en annonçant à la presse : La France a pris la décision de ne rien faire sans l'Angleterre, dit Pierre-Etienne Flandin, et de saisir le Conseil de 'la Société des Nations de la réoccupation de la Rhénanie. C'est la reculade.
rhénanie en 1936
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