Hitler et les SA défient la loi et l'Etat

Les chemises brunes s'organisent

Une compagnie d'honneur SA pour Hitler
Un jeudi matin, une compagnie d'honneur, formée d'une double haie de SA (sections d'assaut) en uniforme, est déployée devant la grande entrée du tribunal : on attend l'arrivée de Hitler. Lorsque le procureur général se présente pour pénétrer dans le bâtiment, un SA prétend lui barrer le chemin et l'orienter vers la porte de service, la grande entrée étant réservée au Fuhrer. Hitler arrive en voiture et passe en revue, d'un pas lent, les hommes de la compagnie d'honneur qui le saluent le bras tendu. En conclusion, le président du tribunal fera sôn éloge. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la scène se passe bien avant 1933, année de la prise de pouvoir nazi : elle a lieu dans la ville de Schweidnitz le 12 juin 1930, à une époque où le parti national-socialiste ne dispose encore au Reichstag, élu en 1928, que de 12 sièges (sur un total d'environ 500), et où de nombreux hommes politiques démocrates n'ont pas encore pris conscience du danger nazi.
Des coups de force musclés des SA
A Schweidnitz le 27 septembre 1929 le parti social-démocrate organise une réunion dans la grande salle du restaurant populaire Volksgarten. L'orateur est député au Reichstag. Le service d'ordre est assuré par 86 hommes. Lorsque le service d'ordre arrive sur place vers 20 heures, de nombreux assistants sont déjà installés, dont 150 nationaux-socialistes qui comptent en leur sein des renforts arrivés en camions ou en voitures de toutes les villes environnantes.
Aucun signe extérieur ne permet de distinguer ces nazis des autres spectateurs, mais ils ont caché dans leurs poches le béret et le brassard des SA et beaucoup d'entre eux portent, dissimulés sous leur vêtement civil, la chemise brune avec un crochet métallique, arme redoutable, en bandoulière. Arrivés suffisamment tôt, ils ont pu occuper des positions stratégiques : la première rangée de tables au bord de l'estrade où doit parler l'orateur, le fond de la salle le long des murs, le centre des tribunes d'où on domine l'assistance, et le voisinage de la porte d'entrée. L'orateur commence son discours devant environ 800 spectateurs. Il est systématiquement interrompu, des cris et sifflements retentissent en maints endroits, les chaises servent de tambours.
La tension monte, des assistants demandent l'expulsion des perturbateurs. Finalement l'un de ceux-ci est frappé. Aussitôt est déclenchée une opération quasi-militaire, casquettes et bandoulières apparaissent immédiatement, ainsi que brassards à croix gammée et chemises brunes : les nazis venus de différents lieux peuvent ainsi se reconnaître. Tout d'abord l'estrade est prise d'assaut : l'orateur et le président de séance disparaissent au plus vite, abandonnant sur leur table montres et documents. Vient le tour des assistants, bombardés à partir de la tribune au moyen de gros verres à bière et attaqués par les SA placés au fond de la salle à l'aide de pieds de tables, de chaises, de boucles de ceinturon. La panique se déclenche, le public se presse vers l'entrée, mais celle-ci a été entre temps encombrée au moyen de chaises, et au passage les fuyards sont systématiquement frappés par un groupe de SA. En moins de dix minutes la salle est « vidée ». Bilan : des dizaines de blessés, dont un bon nombre de blessés graves conduits à l'hôpital. Les dégâts sont importants : 200 verres à bière, 17 chaises et 3 tables ont été détruits, ainsi que 34 vitres. En outre, 78 chaises et 35 tables ont été endommagées.
hitler et les SA
Hitler en civil
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