Pearl Harbor ... La surprise totale

L'attaque, le dimanche matin ... A l'heure sacrée des couleurs

A l'heure des couleurs
Avec un machiavélisme qui ne leur sera jamais pardonné, les Japonais attaquent le dimanche matin à l'heure sacrée des couleurs. A 8 heures, sur tous les bâtiments de la flotte, les marins sont rangés à l'arrière pour saluer le pavillon. A cet instant précis, vingt-sept bombardiers en piqué se ruent sur eux, tandis qu'en deux groupes les avions torpilleurs remontent l'allée des cuirassés pris en tenaille et larguent leurs torpilles, imparables.
Les Américains, à la vue des avions, croient à un exercice « réaliste » de leur armée de l'air ! Pourtant, ils voient clairement les « boules de viande », le soleil levant peint sur les ailes. Enfin, un haut-parleur hurle, puis dix, puis cent, le relaient : — Attention ! Branle-bas de combat. Attaque aérienne. Ce n'est pas un exercice. Mais pour les Américains, il est trop tard.
Comme à l'exercice
Grâce à un entraînement sévère chaque pilote japonais savait avec précision ce qu'il avait à faire. Tandis que les bombardiers en piqué se dispersaient en sections qui devaient fondre sur chacun des aérodromes, les bombardiers d'altitude prenaient le cap d'approche qui leur avait été fixé et les avions torpilleurs commencèrent à descendre suivant l'axe prescrit pour être en position de tir par le travers des cuirassés. Quelques minutes avant 8 heures, au milieu des hurlements des avions fondant du ciel à la verticale, les bombes commencèrent à exploser sur les appareils alignés, aile contre aile, sur les divers aérodromes. Simultanément, les sections de garde à bord des cuirassés, qui se préparaient à envoyer les couleurs à 8 heures, virent les avions torpilleurs plonger très bas en position d'attaque et, impuissantes, suivirent des yeux le mince sillage des engins qui se dirigeaient implacablement vers leurs coques immobiles.
L'effet de surprise de l'attaque des aérodromes fut si complet qu'au milieu des explosions des bombes, suivies du staccato assourdissant des canons des Zero qui effectuaient des passages, toute action sérieuse des chasseurs américains était devenue impossible. Dès les premières minutes, cinq cuirassés furent éventrés par les torpilles. Le Maryland, le Tennessee, qui occupaient un bassin intérieur, et le vaisseau amiral Pennsylvania furent les seuls à échapper aux torpilles.
Cependant, malgré les sourdes explosions sous-marines, auxquelles s'ajouta bientôt le sifflement des bombardiers en piqué, les équipages américains, pour la plupart, entrèrent rapidement en action et abattirent plusieurs assaillants. Les équipes de secours s'efforcèrent immédiatement de neutraliser l'inondation de certains compartiments en en inondant d'autres pour maintenir les bateaux à l'horizontale, ou de rétablir le courant électrique, les circuits d'eau, et les transmis-sions, ou encore de maîtriser les incendies. Le Nevada réussit même à se mettre en route vers l'entrée du port.
Entre-temps, très haut au-dessus de la fumée et de la confusion, les bombardiers en altitude de Fuchida choisissaient impunément leurs cibles et visaient avec une froide précision comme à l'exercice. Une bombe antiblindage traversa les 12 centimètres d'épaisseur de la cuirasse d'une tourelle du Tennessee pour exploser à l'intérieur ; une autre traversa plusieurs ponts et explosa dans la soute à munitions avant de l'Arizona, qui sauta tout entier ; le Maryland et le California subirent aussi des dégâts considérables.
A 8 h 25, la première vague japonaise se retira. On put constater, au cours de l'accalmie, que presque tous les avions des bases aériennes étaient détruits ou endommagés, que le West Virginia, en flammes, coulait et que l'Arizona reposait par le fond avec plus d'un millier d'hommes d'équipage. L'Oklahoma s'était retourné et reposait sur le fond, la quille hors de l'eau ; une des tourelles du Tennessee était détruite et le bateau en flammes. Le California, enfin, avait subi de tels dégâts qu'il devait couler malgré tous les efforts de son équipage. Ailleurs, tout ce qu'on voyait de l'Utah était sa quille. Le Raleigh, profondément enfoncé du fait de ses voies d'eau et de ses soutes noyées pour le maintenir en équilibre, n'était retenu de chavirer que par ses amarres.
pearl-harbor
suivant