Pearl Harbor ... le succés japonais n'est pas total

Le général Short et l'amiral Kimmel au banc des accusés

Deux oublis fatals
Lorsque les premiers messages parviennent aux porte-avions, signalant que la surprise est totale et que les résultats dépassent les prévisions les plus optimistes, c'est l'exultation. Le rapport des pilotes à leur retour de mission confirment le succès de l'opération.
Les cuirassés ont tous été touchés, plus ou moins gravement : l'Arizona est coupé en deux, l'Oklahoma a chaviré, le Nevada, le West Virginia et le California ont été sévèrement atteints et seule la faible profondeur de la rade les a empêchés de sombrer, le Tennessee, le Maryland et le Pennsylvania sont la proie des flammes. La flotte américaine du Pacifique n'est plus. Toutefois, les trois porte-avions sont intacts, pour la simple raison que, comme on le sait, ils sont absents de Pearl Harbor en ce dimanche 7 décembre 1941. Le hasard fait parfois bien les choses.
L'aviation de Hawaï a également cessé d'exister. De plus, on déplore 2 043 victimes, tuées ou disparues et plus de 1 200 blessés. Les installations portuaires et les terrains d'aviation ont été ravagés par les bombes et les mitraillages. Et tout ceci pour la perte de 29 avions... Sur le plan technique et tactique, c'est un succès absolu pour la marine impériale. Sur le plan stratégique, c'est déjà plus discutable.
Le temps de ravitailler et de réarmer les avions, une troisième vague aurait pu être lancée. A 13 h 30, Nagumo et son chef d'état-major confèrent à propos de l'utilité d'un troisième raid.
La troisième vague ne pourrait guère décoller avant 14 heures, ce qui impliquerait une attaque dans la pénombre et un retour dans la nuit. Fuchida insiste encore. Ses pilotes sont suffisamment aguerris pour apponter de nuit sur un porte-avions. Il faut anéantir les porte-avions américains. Nagumo n'en maintient pas moins son ordre de repli.
L'Enterprise revient tranquillement d'un convoyage d'avions sur l'île de Wake et le Lexington était parti pour Midway pour une raison analogue. Ils sont tous deux à la portée des bombardiers japonais. Qu'auraient pesé ces vulnérables navires devant une masse d'appareils, dont les pilotes auraient été galvanisés par leur insolente réussite de la matinée ? Certes, ils disposent chacun d'un certain nombre de chasseurs de type Grumman F4F Wildcat, mais ils sont largement sur-classés par le fameux Zéro japonais. Non seulement Nagumo a raté une occasion inespérée d'infliger une déroute totale à l'U.S. Navy, mais ses pilotes n'ont pas détruit les immenses réserves de carburant d'Oahu. Une erreur qui est passée souvent inaperçue, mais qui pèsera lourd sur la suite des événements dans le Sud-Ouest Pacifique.
Au banc des accusés

Le savoir-faire des Japonais n'a eu d'égal que la maladresse, sinon les négligences des Américains. Sur ce thème, les historiens disposent d'une matière abondante. De décembre 1941 à juillet 1946, pas moins de sept commissions administratives et une commission spéciale du Congrès ont mené des enquêtes approfondies, interrogé les acteurs et des centaines de témoins, remué des tonnes de documents, réuni quarante volumes de rapports et de dépositions. Grâce à ce gigantesque travail, les certitudes ne manquent pas. Les sujets de controverse, non plus !
Au banc des accusés, le général Short et l'amiral Kimmel, l'un et l'autre démis de leurs fonctions et contraints de prendre une rétraite anticipée. Ils auraient commis des erreurs de jugement , des négligences dans l'accomplissement de leur devoir. Short, par exemple, n'a pas prévu que les Japonais pourraient entreprendre un raid aérien. Il a envisagé des opérations de sabotage, au pire un débarquement ; rien d'autre. La meilleure preuve que l'on n'a pas prévu le pire, c'est que les opérateurs d'un radar installé à la pointe nord d'Oahu ont relevé, le 7 décembre A 7 heures, la présence d'avions sur leur écran de contrôle. Mais ils ont cru qu'il s'agissait d'appareils américains.
Quant A Kimmel, il n'a pas ordonné de reconnaissances aériennes, pas transmis à Short tous les renseignements dont il disposait, pas compris ce que signifiait le silence, soudain et prolongé, des porte-avions japonais dont il aurait dû essayer de préciser la iocalisation.
Churchill dans ses mémoires
Le lendemain, l'Angleterre déclarait la guerre au Japon et Churchill écrira plus tard dans ses Mémoires : « Aucun Américain ne m'en voudra de proclamer que j'éprouvai la plus grande joie à voir les Etats-Unis à nos côtés. »
Roosevelt, lui aussi, avait vaincu les isolationnistes américains. Devant le Congrès, il put appeler l'attaque de Pearl Harbor un jour d'infamie et accuser le Japon d'avoir violé l'article premier de la Convention de La Haye du 18 octobre 1907 : il avait attaqué sans déclaration de guerre !
leçons de pearl harbor
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