La mort de Günther Prien

Un escorteur avait triomphé d'un des plus grand as allemands

Le convoi OB-293, parti de Liverpool en route vers Halifax, atteignit, dans la première semaine de mars, une zone située à quelques centaines de milles au sud de l'Islande. Les stations à terre ayant capté les messages échangés entre les sous-marins allemands, l'Amirauté put prévenir les navires d'escorte que des U-Boote se regroupaient dans le secteur. Le 6 mars, au crépuscule, une meute conduite par Günther Prien et son U-47 lança sur le convoi une attaque, qui devait durer vingt-quatre heures. Deux navires de commerce furent coulés et deux autres gravement endommagés. Mais les escorteurs, dirigés par le commandant James Rowland du Wolverine, très vieux destroyer datant de la Première Guerre mondiale, contre-attaquèrent avec une farouche détermination et rendirent cette fois la monnaie de leur pièce aux assaillants.
Tout d'abord, un des submersibles, touché par des grenades sous-marines, fut si sérieusement endommagé que son commandant, Hans Eckermann, n'eut pas d'autre alternative que d'abandonner la bataille — ce qu'il réussit à faire dans la confusion générale — et de se traîner péniblement jusqu'à sa base de Lorient.
C'est alors que, à la grande surprise de Rowland, l'U-47 plongea brusquement. Le Wolverine repéra immédiatement le sous-marin à l'asdic. Le premier chapelet de grenades réglées pour exploser à la profondeur maximale ne pouvait manquer son but! De fait, quand le fracas des explosions eut cessé, les opérateurs des hydrophones entendirent un bruit persistant de ferraillement: les arbres porte-hélices de l'U-47 avaient été faussés; le submersible se trouvait dans une situation critique et il suffisait désormais d'attendre la suite des événements.
Quand la nuit tomba, Prien remonta à la surface. Le Wolverine, situé à un mille de distance et en train de pister l'U-47 à son crépitement d'hélices, s'élança immédiatement sur lui. Le sous-marin plongea de nouveau et derechef Rowland fit lancer des grenades réglées à faible profondeur; mais, cette fois, il s'ensuivit une explosion assourdissante, et un éclair aveuglant déchira la nuit. Peu après, des débris commencèrent à remonter à la surface, signant la destruction indiscutable du submersible. Pour la première fois depuis le début .de la bataille de l'Atlantique, un escorteur avait triomphé d'un des plus grand as allemands: le célèbre Günther Prien n'était plus.
Prien, lui, à bord de l'U-47 ne lâcha pas prise, suivant obstinément le convoi, déterminé à ne pas le laisser disparaître alors qu'il disposait encore de torpilles. Le 8 mars, il décida d'attaquer en dépit d'un ciel chargé et d'une mer agitée. Il passa toute la journée à observer le convoi. Puis, faisant surface par un temps couvert au moment où l'approche du crépuscule rendait extrêmement difficile le repérage de son bâtiment, il se rapprocha et, profitant d'une providentielle bourrasque de pluie, il réussit à franchir l'écran des escorteurs. A ce moment-là, le sort se retourna brusquement contre lui; l'averse cessa d'un seul coup, dégageant le ciel plombé, et les derniers rayons du soleil couchant éclairèrent à la fois le destroyer Wolverine et l'U-47.
Il y eut, de part et d'autre, un moment de stupéfaction et de consternation. Prien reprit le premier ses esprits et dirigea vers le large l'U-47à grande vitesse pour tenter de s'échapper en surface. Le Wolverine partit en trombe à sa poursuite, ses vieilles machines sollicitées au maximum. Le destroyer rattraperait à coup sûr le sous-marin si ce dernier continuait sa course en ligne droite; mais, comme l'U-47pouvait virer dans un rayon beaucoup plus court que le Wolverine, il avait donc toutes les chances de s'éclipser, d'autant plus que la nuit commençait à tomber et à réduire encore plus, par conséquent, la visibilité.
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