Les convois de Mourmansk... Le PQ17; la curée...

Un bilan incroyablement lourd...

Le convoi appareille d'Islande le 28 juin 1942. C'est une des plus importantes opérations alliées de l'Arctique. Le PQ-17 comprend 36 cargos avec une escorte de 3 dragueurs, 6 destroyers, 4 corvettes et 2 navires antiaériens. Sous les ordres du contre-amiral Hamilton, l'escorte rapprochée associe les deux croiseurs britanniques London et Norfolk aux deux croiseurs américains Tuscaloosa et Wichita.
Le 1er juillet, le convoi est repéré par un avion de reconnaissance ; il restera surveillé jusqu'à la fin et la première attaque commence dans la soirée. Le lendemain après-midi, avec l'autorisation de Hitler, le commandement allemand déclenche l'opération « Roesselsprung ». Le groupe ScheerLützow, accompagné de 6 destroyers, et le groupe Tirpitz-Hipper, avec 4 destroyers, reçoivent l'ordre d'appareiller de Narvik et de Trondheim et de gagner respectivement l'Altenfjord et le Vestfjord. De là, sur de nouvelles instructions, ils pourront engager le convoi entre le 20e et le 30e méridiens à l'est de l'île de l'Ours. La première partie du mouvement s'exécute, à l'exception du Lützow et de trois destroyers du groupe Tirpitz qui s'échouent.
Le lendemain, un appareil du Coastal Command constate le départ du Tirpitz. Le 4, dans la soirée, le convoi est à 130 milles au nord-est de l'île de l'Ours. Les attaques aériennes atteignent une extrême violence. Deux navires sont coulés, ce qui porte à trois le nombre des bâtiments perdus. La plus grande perplexité règne alors à l'Amirauté.
La seule certitude est le départ des grands bâtiments allemands, qui peuvent atteindre le convoi le lendemain matin vers 2 heures. On ignore que Hitler ne donnera le feu vert à ses navires que le 5, vers midi. Deux solutions sont possibles : ralentir la marche du convoi, tandis que la flotte de ligne s'en rapprocherait à grande vitesse. A 2 heures, le PQ-17 se trouverait sous la protection de l'aviation embarquée. Mais il faudrait alors s'attendre à une attaque en règle de toute l'aviation stationnée en Norvège. La flotte ne disposerait alors que des quelques appareils du Victorious... Reste la seconde solution : disperser le convoi. Malgré l'avis opposé de la majorité des assistants, le Premier Lord de la mer, Dudley Pound, après avoir réfléchi un long moment, prend la décision la plus difficile et la plus malheureuse de sa carrière. Se tournant vers le chef du service des transmissions, il ordonne : « Dites aux croiseurs de se retirer vers l'ouest à grande vitesse et au convoi de se disloquer. »
Les messages de l'Amirauté provoquent à bord des bâtiments du convoi l'effet d'une bombe. A 22 heures, le commandant de l'escadre des croiseurs, le contre-amiral Hamilton, reçoit le message suivant : « Urgent — Étant donné la menace d'une attaque par des navires de surface, le convoi doit se disloquer pour gagner des ports russes », puis : « Priorité Ordre au convoi de se disperser », ce qui veut dire que les navires de commerce doivent s'écarter immédiatement les uns des autres, sans rester groupés encore quelques heures. Hamilton a la conviction que l'attaque du Tirpitz est imminente ; d'une minute à l'autre, il s'attend à voir poindre ses mâts au-dessus de l'horizon. Le coeur lourd, il donne l'ordre à ses croiseurs de mettre le cap à l'ouest à 25 noeuds et il adresse à ses bâtiments un message qui traduit le sentiment général : « Vous êtes tous, je le sais, aussi désolés que moi d'abandonner ce magnifique ensemble de navires qui vont avoir à gagner le port. »
Pour les marins de commerce, ce brusque départ qui ressemble à une fuite cause une immense consternation, mêlée de colère. Ils ont le sentiment d'être abandonnés, d'autant plus que les destroyers se replient avec les croiseurs: Suivant leur inspiration, les capitaines exécutent l'ordre fatidique et se dispersent dans toutes les directions.
Pour l'ennemi, c'est une chance inespérée. L'opération « Roesselsprung » est annulée dans la soirée du 5... Mais les appareils de la Luftwaffe, libérés du feu concentré du convoi, vont pouvoir conduire leurs attaques à fond. Quant aux sous-marins, ils n'ont plus rien à craindre des destroyers qui les refoulaient depuis cinq jours. En surface, à toute vitesse, ils se lancent à la chasse aux navires dont les avions signalent la position. Dès les premières heures du 5 juillet, la destruction de l'Empire Byron donne le signal de la curée. Successivement, l'Earlston, le Washington, le Bolton Castle et le Palus Potter succombent ; dans l'après-midi, c'est au tour du Pankraft, du River Afton, bâtiment du commodore Dowding, chef du convoi, et de trois autres cargos. Dans la soirée, sous-marins et avions envoient par le fond l'Ocean Freedom, le Zaafaran, le Peter Kerr et l'Honomu. Les jours suivants, le massacre continue, cinq cargos sont encore coulés.
Deux groupes échappent à la destruction : les bâtiments antiaériens Palomares et Pozarica, escortés de corvettes et de dragueurs, réussissent à rallier, du 6 au 8 juillet, cinq cargos le long de la côte de la Nouvelle-Zemble, à hauteur du détroit de Matotchkine. Protégé par la brume, hors de portée de la Luftwaffe, le petit convoi se glisse le long de la côte, puis vient à l'ouest pour contourner la banquise et incline enfin sa marche vers le sud pour gagner Arkhangelsk. A l'aube du 10, une attaque menée par 40 bombardiers se heurte à un feu nourri ; 4 bombardiers sont abattus, mais 2 cargos sont coulés. Le I I, le groupe atteint le port soviétique. Le commodore Dowding, qui a été recueilli sur un radeau avec deux hommes par la corvette Lotus. constitue aussitôt une escorte qui récupère, le long des côtes de la Nouvelle-Zemble, 7 cargos dont un petit groupe de 3 bâtiments qui a survécu grâce à l'initiative du commandant du chalutier Ayrshire. Lors de la dispersion, celui-ci s'est dirigé avec son petit groupe vers le nord. Pendant trois jours, les quatre bâtiments se sont dissimulés dans la banquise, le chalutier servant de brise-glace. Pour éviter d'être repérés par l'aviation, tous les feux ont été éteints, les coques exposées au sud, peintes en blanc ; les pièces des chars embarqués sur les ponts ont, d'autre part, été mises en état de tirer. Le 7, n'entendant plus de S.O.S. de bâtiments en perdition, le groupe s'est extrait péniblement de la glace et a fait route vers le détroit de Matotchkine, où le commodore l'a découvert.
Malgré ces exploits isolés, le bilan est incroyablement lourd. Sur les 36 navires qui ont commencé le voyage, 2 ont fait demi-tour, 13, plus un navire de sauvetage, ont été détruits par des avions, 10 par des sous-marins. Le PQ-17 ne compte que 11 survivants. Un matériel précieux a disparu : 3 350 véhicules, 430 chars, 210 avions... de quoi équiper plusieurs divisions. La destruction du PQ-17 est l'équivalent d'une défaite militaire. Enfin, des dizaines de naufragés, perdus dans l'immensité glacée, ont connu une mort atroce. 1 300 survivants parviennent cependant à Arkhangelsk ; ils y resteront plusieurs mois, minés par le découragement et recevant des soins insuffisants. Dans les hôpitaux, « des lits durs, inconfortables, aux draps d'une propreté douteuse, s'entassaient l'un contre l'autre. Le personnel, vêtu de blouses malpropres, méprisait l'usage des gants. Dans les salles sordides, mal ventilées, des planches clouées sur les fenêtres pour assurer le black-out ne permettaient guère aux diverses odeurs de se dissiper. De 7 heures à 23 heures, des haut-parleurs ne cessaient de hurler en russe. Les médicaments étaient rares ; chirurgiens et médecins manifestaient une indifférence bien orientale pour la douleur. Une nourriture médiocre, toujours la même, n'était pas de nature à réconforter les hommes. »
Du côté allemand, on exulte, naturellement. Les communiqués spéciaux du G.Q.G. du Führer célèbrent la victoire totale remportée dans la mer de Barents comme un magnifique exemple de coordination et de bravoure. En Grande-Bretagne, malgré les consignes de silence, c'est la consternation. L'abandon des navires de commerce cause un malaise qui disparaît difficilement.
marins du convoi pq17 vers mourmansk
u-boote dans l'Atlantique
commandant u-boote
suivant