Les convois de Mourmansk... 1942... Le PQ16

C'est le premier des « convois de la mauvaise chance ».

Churchill se heurte en même temps aux sollicitations des Russes et des Américains. Staline lui demande de « prendre toutes les mesures possibles pour assurer l'arrivée en U.R.S.S., au cours du mois de mai 1942, du matériel mentionné, car il a une importance extrême pour le front russe ». Les Allemands sont, en effet, à la veille de lancer leur grande offensive d'été. Roosevelt, de son côté, est bien décidé au maintien des convois. L'U.R.S.S. occupe dans la stratégie américaine une place considérable : l'armée Rouge retient et use le gros des forces allemandes. En cas de paix séparée avec les Soviétiques, hantise de certains conseillers du président, il sera pratiquement impossible de vaincre les puissances de l'Axe. Dans l'absence de second front, il n'y a qu'une façon pour les États-Unis et la Grande-Bretagne de prouver à Staline leur bonne volonté, c'est de faire parvenir en U.R.S.S. les approvisionnements demandés. Pour renforcer la Home Fleet et montrer l'importance qu'il accorde aux convois de l'Arctique, Roosevelt envoie à Scapa Flow ses deux plus récents navires de ligne, le Washington et le North Carolina, escortés de deux croiseurs et d'un porte-avions. En même temps, il presse Churchill d'accélérer la rotation des convois ; près de cent cargos, pour la plupart venus des États-Unis, embouteillent les ports d'Islande.
Churchill soumis à des pressions contradictoires, malgré les risques et la pénurie d'escorteurs qui entraîne un allégement inquiétant de la défense des routes de l'Atlantique, décide de maintenir les convois de Mourmansk pendant l'été, mais selon le rythme habituel. « Trois convois tous les deux mois, de 25 à 35 navires, c'est, comme l'expérience l'a démontré, l'extrême limite de nos possibilités », écrit-il à Roosevelt. En même temps, dans une note du 17 mai destinée au conseil des chefs d'état-major, Churchill déclare : « Non seulement Staline, mais le président Roosevelt nous blâmeraient vivement si nous renoncions maintenant à faire partir les convois. Les Russes sont engagés à fond ; ils comptent que nous accepterons les risques et jouerons le prix que comporte notre participation. Les navires américains s'accumulent. Mon sentiment personnel, teinté d'une profonde inquiétude, c'est que le convoi PQ-16 devrait partir le 18. Si la moitié des navires parvient à passer, l'opération est justifiée. Si nous ne faisons pas cette tentative, notre influence auprès de nos deux principaux alliés se trouvera diminuée. Il y a toujours les incertitudes du temps et de la chance [...]. Je partage vos appréhensions, mais j'estime que c'est une question de devoir. »
Le PQ- 16 appareille d'Islande le 21 mai. C'est le premier des « convois de la mauvaise chance ». Il compte 35 bateaux, nombre inhabituel, et son escorte directe ne comprend pas moins de 4 chalutiers de haute mer, 5 corvettes et 5 destroyers. Le 25 au matin, le convoi se trouve à 20 milles au sud-est de Jean-Mayen ; il est rejoint par les 4 croiseurs de l'amiral Burrough, accompagnés de 3 destroyers. La Home Fleet assure la couverture habituelle au nord-est de l'Islande. Au cours de la journée, le premier avion de reconnaissance allemand fait son apparition.
La première attaque menée par les « Stuka » commence le même jour à 20 h 30. Le convoi navigue en huit colonnes, ce qui donne une forte concentration de feu. Douze Junkers-88 attaquent d'abord ; deux sont abattus ; sept avions torpilleurs prennent la suite. Le péril est suffisamment grave pour que le commandant du convoi décide d'envoyer contre eux le chasseur de l'Empire Laurence. Avec la pénurie de porte-avions, ce n'est qu'une solution de fortune. L'avion, catapulté d'un cargo, ne peut effectuer qu'une seule mission ; le pilote a le choix entre un amerrissage de fortune ou un saut en parachute avec l'espoir d'être rapidement repêché dans ces eaux glaciales. L'appareil du capitaine Hay abat un bombardier et en endommage un autre ; mais, au retour, il est pris pour un avion allemand : la D.C.A. se déchaîne et le malheureux « Hurricane » s'abat en flammes.
Le 26, à l'aube — ce qui ne veut plus dire grand-chose à cette latitude —, un sous-marin torpille le cargo Syros ; il a réussi à franchir l'écran de destroyers dont les sonars sont perturbés par la température inégale des couches d'eau de l'Arctique. Tout le reste de la journée, les sous-marins multiplient, sans succès, les tentatives. C'est le 27, à partir de 4 heures, que la Luftwaffe apparaît en force. Bombardiers en altitude, « Stuka .», avions torpilleurs attaquent de tous les côtés. Les navires ripostent de toutes leurs pièces, rageusement. Deux cargos sont bientôt coulés ; à 14 heures, six avions s'en prennent à l'Empire Laurence, qui se désintègre au milieu de violentes explosions.
L'attaque se poursuit ; le City of Joliet est touché ; il coulera le lendemain. Le cargo Empire Baffin disparaît ensuite. Un chapelet de bombes s'abat sur le destroyer polonais Garland; la première bombe explose dans l'eau, mais trois autres éclatent en l'air, à la verticale du navire ; les superstructures sont hachées par les éclats, tandis que les servants des pièces de D.C.A. sont atrocement déchiquetés. Quarante-trois tués et blessés seront débarqués à Mourmansk. Enfin, le pétrolier soviétique Stari Bolchevik brûle. Son équipage, composé en partie de femmes, refuse de l'abandonner et réussit à le sauver.
Après une interruption de quelques heures, les Junkers-88 reviennent à la charge dans la soirée. Le transport de munitions Empire Purcell est atteint de deux bombes. Il connaît le sort des navires de ce genre et saute dans un bruit assourdissant, au milieu d'immenses flammes orange. Avant de disparaître, les « Stuka » coulent encore le Lowther Castle.
Le 28, trois destroyers russes se joignent à l'escorte et aident à repousser d'ultimes attaques allemandes. « Réduits en nombre, délabrés et las, mais tenant toujours parfaitement leur poste », les navires font leur entrée dans le golfe de Kola.
Dans les deux camps, on tire aussitôt les enseignements de l'opération. Du côté allemand, l'attaque du PQ-16 a révélé les possibilités de la Luftwaffe, d'autant plus que les rapports des pilotes sont empreints d'une nette exagération ; en revanche, les sous-marins sont handicapés par l'absence d'obscurité. Il ne leur est pas possible de recourir à leur tactique habituelle : les attaques en « meutes », en surface et de nuit. Enfin, la maîtrise aérienne sur la mer de Barents donne de larges possibilités d'intervention aux bâtiments de surface à l'est du méridien du cap Nord.
L'Amirauté britannique, grâce à son service de renseignements, est avertie de cette nouvelle tactique allemande qu'elle avait toujours redoutée. Le Premier Lord, l'amiral Dudley Pound, ne cache pas ses appréhensions ; il ne se gêne pas pour affirmer qu'à la place du commandement allemand, il se ferait fort d'interdire la route de Mourmansk !
convoi de mourmansk
convoi attaqué par la luftwaffe
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