Un véritable massacre

Pas un seul sous-marin ne fut détruit par les Américains jusqu'en avril 1942

En principe, les conséquences de l'intervention américaine n'auraient pas dû être graves si des mesures de protection avaient été prises. Mais, en dépit de son expérience de la première guerre mondiale et de celle, toute récente, de la Grande-Bretagne, la marine n'avait rien prévu pour l'organisation de convois. Les raisons en étaient simples : le manque d'escorteurs et surtout le principe, passé à l'état de dogme, que la navigation indépendante était préférable à un convoi mal escorté. Pourtant, la marine des Etats-Unis disposait de 50 % de navires de surface en plus et de cinq à six fois plus d'avions que la Grande-Bretagne n'en possédait au début des hostilités.
Une autre raison, bien connue des Britanniques en 1916 et même en 1939-1940, était le culte de l'offensive qui conduisait à l'emploi des forces de surface le long de « routes patrouillées ». Alors que les cargos et les pétroliers naviguaient isolément, les navires de surface et les avions surveillaient les routes commerciales et se lançaient à la recherche des sous-marins qui s'étaient signalés par la destruction de bâtiments de commerce. Les résultats de cette méthode furent entièrement négatifs. Pas un seul sous-marin ne fut détruit par les Américains jusqu'en avril 1942, alors qu'à cette date plus de 200 navires de commerce, sans compter un destroyer, avaient été envoyés par le fond avec une facilité déconcertante.
L'offensive des U-boote ne commença qu'avec cinq bâtiments, rejoints par trois autres avant la fin de janvier. Entre le 13 et le 31 janvier, ils enregistrèrent la destruction de quarante navires. La facilité de ces succès amena l'amiral Dönitz à transférer, dans les eaux américaines, tous les sous-marins opérationnels. Toutefois, les exigences de Hitler l'obligèrent à en maintenir un certain nombre en Norvège et en Méditerranée. Mais l'emploi de sous-marins ravitailleurs, appelés « vaches à lait », permit d'engager des bâtiments de 750 tonnes, aux côtés de submersibles de 1 000 tonnes, contre la route maritime reliant les Caraïbes à New York.
Il en résulta un véritable massacre. Au cours du mois de février 1942, 65 navires furent coulés ; 86 disparurent en mars, 69 en avril, et le record appartint au mois de mai avec 111 bâtiments. Les Américains essayèrent tous les moyens — à l'exception des convois — pour assurer la sécurité de cette artère vitale. Les bâtiments furent invités à naviguer au plus près de la côte, ce qui eut pour seul résultat d'augmenter la densité du trafic et de faciliter les attaques. Les mouvements furent limités aux heures de jour, les navires jetant l'ancre dans des baies pour passer la nuit. Les pertes continuèrent, malgré tout, à augmenter.
En mai, les Américains finirent par se résoudre à instituer le système des convois et les destructions cessèrent presque immédiatement. Les U-boote se déplacèrent alors vers le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes, où les navires continuaient à faire route isolément. Le mois de juin battit tous les records de destruction avec 121 bâtiments coulés. Néanmoins, la conversion des esprits au principe des convois était
maintenant totale.
A la tin de juin, le système des convois s'étendit au golfe du Mexique et aux Caraïbes. Les torpillages cessèrent presque complètement et, en juillet, cinq sous-marins furent envoyés par le fond. La seconde « belle époque » des sous-marins venait de se terminer. Une fois de plus, les U-boote reprirent leurs attaques sur la partie la plus vulnérable de la route des convois. Ils concentrèrent leurs efforts dans le « trou noir » de l'Atlantique central, là où l'escorte aérienne était inexistante.
tanker torpillé en 1942
U-Boote dans eaux américaines
suivant