Les navires d'escorte

La palme de l'inconfort revenait aux corvettes

Pour les hommes des escorteurs comme pour ceux qui livraient la bataille de l'Atlantique, les premières semaines de 1941 ne laissèrent guère entrevoir une amélioration prochaine de leur sort. Des navires supplémentaires étaient bien venus renforcer les escortes, mais la protection des convois reposait toujours et essentiellement sur de vieux destroyers, des avisos, des corvettes et des chalutiers océaniques, qui souffraient d'ailleurs presque autant des tempêtes que des attaques de l'ennemi.
Parmi les destroyers, aux anciens bâtiments britanniques de la Première Guerre mondiale s'étaient joints certaines unités plus solides construites entre les deux guerres et 50 destroyers américains, reconnaissables à leurs quatre cheminées. Ces derniers avaient été remis à la Grande-Bretagne et au Canada en échange de la mise à la disposition des États-Unis de diverses bases anglaises qui étaient situées dans les grandes Antilles et en Guyane.
Bien que résistants et rapides, les destroyers étaient conçus pour patrouiller en mer du Nord. Ils avaient une capacité de combustible limitée. Avant que l'on en vînt à installer une soute à mazout supplémentaire à la place laissée libre par la suppression d'une chaudière — gros travail qui immobilisait les destroyers pendant des semaines —, ils ne pouvaient accompagner un convoi que sur quelques centaines de milles; après quoi, forcés de faire demi-tour, ils rejoignaient, pour le protéger, un convoi venant en sens inverse. Leurs machines fatiguées réclamaient une surveillance constante; leurs coques souffraient des tensions subies pendant les tempêtes, et des rivets sautaient parfois, laissant pénétrer dans les postes d'équipage de l'eau glacée qui inondait tout. Les commandants ne connaissaient pas un sort meilleur que leurs hommes; les minuscules passerelles des destroyers n'offraient aucune protection, à l'exception d'écrans de grosse toile bien souvent arrachés par le vent dès les toutes premières heures du voyage.
Les 50 destroyers américains se révélaient encore plus inconfortables. Ils répondaient, certes, à une nécessité vitale dans une période critique. Sans eux, la Grande-Bretagne aurait très bien pu perdre la bataille de l'Atlantique mais, parfois, leurs équipages anglais en arrivaient à penser qu'une telle éventualité aurait peut-être, en fait, été beaucoup moins pénible!
Les destroyers américains étaient affligés d'un roulis abominable qui, selon une de leurs victimes, évoquaient le mouvement d'essuie-glaces à grande vitesse. Leurs vieilles machines devaient être fréquemment réparées. Ils avaient un rayon de giration aussi important que celui d'un cuirassé, et ne pouvaient par conséquent éviter la grande houle de l'Atlantique par le travers, à un moment ou à un autre, lorsqu'ils faisaient demi-tour pour revenir au port. Il en découlait des conséquences toujours déplaisantes, et parfois catastrophiques. Leurs passerelles vitrées, situées très bas, encaissaient tous les paquets de mer qui, souvent, faisaient voler les vitres en éclats; les hommes de quart se retrouvaient alors dans l'eau jusqu'à la poitrine!
Lorsque les hommes de la Royal Navy étaient arrivés aux États-Unis pour prendre possession de ces destroyers, ils avaient découvert avec stupéfaction et plaisir que la marine américaine avait bourré cabines et carrés de produits introuvables en Grande-Bretagne, tels que cigarettes, allumettes, couvertures et draps. Les cambuses étaient pleines de viande et de bacon, et les lavabos de savon, de pâte dentifrice et de serviettes. Les Anglais n'avaient alors su comment manifester leur gratitude.
Mais en mer, on entendit un jour, au cours d'une tempête hivernale particulièrement violente, un officier de quart dire:
«Je sais bien que nous avons fumé toutes leurs Camels, mais est-ce qu'ils n'accepteraient pas, si nous leur offrions à notre tour un millier de Players, de reprendre leur sacré vieux rafiot?»
Mais entre corvettes, avisos et destroyers américains, la palme de l'inconfort revenait aux corvettes. Comme devait le dire Nicholas Monsarrat, «une corvette aurait le roulis sur une pelouse mouillée.» Ceux qui étaient plus ou moins sujets au mal de mer, comme les jeunes officiers du commandant Sherwood à bord du Bluebell, tombaient malades dès les premiers jours du voyage, rendant encore plus difficile la vie du reste de l'équipage. Même par temps relativement calme, il n'y avait aucune possibilité de se détendre — cette tension physique abrégea certainement la longévité de ceux qui eurent à servir sur une corvette. Que l'on fût assis, debout, allongé, au travail, en mouvement, il fallait toujours se tenir à quelque chose ou s'agripper à quelqu'un. Même lorsqu'on se croyait solidement amarré, on risquait toujours de voir quelque pièce d'équipement descellée vous tomber sur le crâne, vous fracturer une côte, vous blesser le tibia ou vous écraser les doigts.
Par gros temps et au cours d'une offensive de sous-marins — les tempêtes et les attaques furent extrêmement fréquentes au cours du premier trimestre de 1941 —, il n'était pas question pour les hommes des corvettes de prendre le moindre repos. Quand ils parvenaient à consacrer trois ou quatre heures au sommeil, ils les passaient invariablement à s'accrocher aux cadres des couchettes, coincés dans des couvertures trempées. «Quand nous revenions à terre, se rappelle Sherwood, nous ne désirions ardemment qu'une chose: nous coucher et dormir.»
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