En mars 1943, l'ombre du désastre se profilait

Mars 1943 devait être le mois le plus désastreux en pertes de navires marchands.

Au début de 1943, les destructions l'emportaient encore sur les constructions neuves, mais la production des chantiers américains démarrait enfin à une allure impressionnante. En outre, la majorité des pertes concernait toujours des bâtiments naviguant isolément. Mais la généralisation du système des convois permettait d'espérer une réduction sensible des disparitions. Quant aux pertes des U-boote, elles restaient encore très supportables et le nombre des submersibles opérationnels ne cessait d'augmenter. Toutefois, les bâtiments d'escorte suivaient la même évolution et il fallait compter sur un affrontement d'une extrême violence dans l'Atlantique.
Les Alliés attendaient d'ailleurs avec un certain optimisme la fin de la pause imposée par les tempêtes de l'hiver. Trois éléments permettaient d'envisager de brillants succès à l'arrivée du printemps de 1943. Le comité de lutte contre les sous-marins, présidé par Churchill, avait rendu un véritable jugement de Salomon dans le conflit qui opposait entre eux les principaux services pour l'attribution de quadrimoteurs Liberator à grand rayon d'action.
Le compromis obtenu permit au Coastal Command de disposer de quarante appareils au lieu de dix ; il en reçut d'ailleurs treize d'un coup. En outre, l'augmentation de la taille des convois permit d'en réduire le nombre, de libérer une certaine quantité d'escorteurs et de constituer des support groups destinés à prêter main-forte aux convois menacés. Enfin, les porte-avions tant attendus commencèrent à participer aux missions pour lesquelles ils avaient été conçus.

Malgré tout, mars 1943 devait être le mois le plus désastreux de la guerre en ce qui concerne les pertes de navires marchands. Pourtant, les groupes d'escorte les plus expérimentés faisaient payer cher leurs succès aux U-boote.
Mais il n'était pas toujours possible de donner aux convois une protection de haute qualité, ce qui pouvait provoquer de véritables désastres. On vit ainsi un groupe bien entraîné de bâtiments britanniques, polonais et français venger la perte de quatre cargos par la destruction de deux sous-marins, tandis qu'un autre groupe de bâtiments novices ne pouvait s'opposer à la disparition de treize navires dans le convoi qu'il était chargé de protéger.
Quelques jours plus tard, deux convois, un rapide et un lent, ayant l'un et l'autre une meute à ses trousses, firent leur jonction et il s'ensuivit une mêlée violente et confuse qui se solda par la destruction de vingt et un navires de commerce pour un seul sous-marin envoyé par le fond. Dönitz devait cependant signaler que « tous les autres bâtiments de la meute avaient subi les effets des bombes et des grenades sous-marines et que deux d'entre eux étaient gravement endommagés ». Néanmoins, pour l'Amirauté, l'ombre du désastre se profilait et on en vint à mettre en cause le principe même des convois.
avion Liberator
U-boote et navire marchand
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