Les Antilles... Un paradis pour les U-boote

Ce paradis où tous rêvaient d'aller en mission

Dans l'après-midi du 15 juin 1942, Archie Gibbs, de la marine marchande américaine, eut le désagrément de se retrouver naufragé dans la mer des Antilles pour la seconde fois en vingt-quatre heures. La veille, un U-Boot avait coulé son navire, le Scottsburg, au nord de la Trinité; après avoir passé la nuit entière dans l'eau, Gibbs avait finalement été recueilli par le cargo Kahuku de la Matson Line, qui fut, à son tour, torpillé par un sous-marin.
Celui-ci fit surface alors que Gibbs se débattait dans les flots. Le marin tenta de s'éloigner mais, comme il devait le raconter par la suite, «les Allemands firent pivoter leur bâtiment, le mirent à l'immersion minimale et vinrent se placer juste en dessous de moi. L'un d'eux me saisit brusquement par le cou et me propulsa à grands coups de pied dans le derrière jusqu'à la passerelle.»
Gibbs craignit le pire. A l'intérieur du submersible, un officier lui mit le canon d'un revolver sous le nez pour lui faire comprendre ce qui l'attendait s'il ne répondait pas correctement à l'interrogatoire qu'il allait subir; mais, à la fin de celui-ci, les Allemands, apparemment satisfaits, lui offrirent une rasade de cognac.
Par la suite, Gibbs fut très bien traité. Il partagea les repas copieux, composés de ragoûts, de chou et de jambon fumé de l'équipage et put être le témoin d'une rencontre avec un sous-marin ravitailleur — une «vache à lait» —, qui approvisionna le submersible en torpilles. Le cinquième jour, son odyssée prit fin. Apercevant au large de Curaçao un navire vénézuélien, les Allemands installèrent Gibbs sur un radeau et lui rendirent sa liberté.
L'expérience de Gibbs recoupait celle que connurent d'autres rescapés de navires coulés dans la mer des Antilles. C'est ainsi que deux des hommes du pétrolier M.F. Elliott furent recueillis par l'U-Boot qui avait torpillé leur bâtiment. Ayant reçu des vêtements secs après avoir été débarrassés du mazout qui leur collait à la peau, ils avaient été déposés sur un radeau dès l'apparition d'un avion de recherche. De son côté, le commandant d'un autre pétrolier torpillé, l'Esso Houston, ne cacha pas sa surprise, alors qu'il prenait place dans un canot de sauvetage, de voir le sous-marin responsable de la disparition de son navire s'approcher, et le commandant de l'U-Boot venir personnellement vérifier si l'embarcation contenait bien les vivres et les équipements qui lui seraient nécesaires.
Les sous-mariniers allemands ne manquaient pas de bonnes raisons de faire preuve de magnanimité: la mer des Antilles, c'était ce paradis où tous rêvaient d'être envoyés en mission. On n'y souffrait ni du froid, comme sur la route de Mourmansk, ni de ces violentes tempêtes que connaît l'Atlantique Nord. Parsemée d'îles, la mer des Antilles offrait de nombreux abris où un submersible pouvait mouiller en toute tranquillité et débarquer son équipage pour des séances de bronzage sur les plages de coraux et des baignades dans les eaux cristallines. Sur les îles inhabitées, les hommes organisaient des parties de chasse; sur les autres, ils s'efforçaient, sans trop de difficulté, de convaincre des autochtones de leur fournir des légumes frais et même, à l'occasion, d'agréables compagnes.
De plus, la mer des Antilles était une zone idéale pour l'attaque des navires. Les bâtiments venus de Cuba, de Porto Rico, de Panama, du Venezuela y naviguaient isolément, sans la moindre protection, aussi vulnérables que les vieux vaisseaux du temps des pirates, et il suffisait aux submersibles de remonter un peu vers le nord pour aller décimer les bateaux partis des ports américains du golfe du Mexique.
détente sur un U-boote
u-boote dans la mer des Antilles
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