La sale besogne

La volonté de faire régner la terreur était du côté allemand.

Tous les combats se sont déroulés avec acharnement. Ils ont été aussi accompagnés de crimes gratuits commis par les Allemands — ils exécutaient les directives de Himmler, pour qui les insurgés étaient des bandits, tout juste bons pour la fusillade — mais ils arguaient aussi du fait que les insurgés étaient des francs-tireurs et non des combattants réguliers couverts par « les lois de la guerre ». De leur côté, les insurgés ont parfois procédé à des exécutions sommaires de présumés traîtres, et ils n'avaient pas les ressources nécessaires pour bien traiter leurs prisonniers ; mais la volonté de faire régner la terreur, et les moyens d'y parvenir, étaient du côté allemand.
Comme partout en Europe occupée, la Wehrmacht laissa accomplir cette sale besogne par des unités spécialisées : les SS comme toujours, mais aussi des criminels allemands embrigadés, et des déserteurs de l'Armée Rouge ; elle aurait pu leur interdire ou les en empêcher ; elle les laissa faire ; seuls des soldats isolés essayèrent d'empêcher des massacres. Ainsi, dans les sous-sols du Musée national, des centaines d'otages eurent la chance d'être gardés par des unités de la Wehrmarcht comprenant des Alsaciens ; ils échappèrent au massaçre auquel ils étaient promis. C'est seulement à la fin, lorsqu'il entreprit de séduire et de retourner les Polonais, que Von dem Bach condamna formellement les crimes et leurs auteurs.
Le service des crimes de guerre, à Varsovie, a soigneusement répertorié les plus importants de ces délits ; il ne pouvait pas le faire pour la multitude de vols, de pillages, de viols, d'exactions et de brutalités de toutes sortes, qui étaient le pain quotidien des habitants de Varsovie dès qu'ils entraient en contact avec l'occupant. Celui-ci, en effet, avait adopté, comme règle de son comportement, de ne pas faire de différence entre les combattants et les civils — et il est vrai que les deuxièmes prenaient les places laissées vacantes par les premiers.
Mais, le plus souvent, la différence ne voulait pas être faite ; c'était le cas, par exemple, lorsque des troupeaux de femmes et d'enfants étaient groupés devant les chars, comme murs de protection, pour masquer leur progression et retarder le feu des insurgés — ce procédé fut employé à plusieurs reprises. C'était aussi le cas lorsque la prise des hôpitaux était suivie du massacre des blessés et des malades, indistinctement, qui y étaient soignés.
Il est arrivé que les Allemands portent le brassard blanc et rouge des Polonais pour mieux surprendre ceux-ci. Surtout, la fin de l'affrontement dans un quartier donnait lieu, alors que les armes s'étaient tues, et que le calme était revenu, à des massacres de centaines de personnes. Ce que les bombes n'avaient pas entièrement détruit était livré aux flammes ; dans les hôpitaux, des blessés furent brûlés vifs dans leurs lits ; des civils étaient contraints de déblayer les ruines ; puis, la corvée accomplie, ils étaient fusillés. Le service des crimes évalue à 50 000 le nombre d'habitants de Varsovie victimes de cette sauvagerie.
ss dans Varsovie en 1944
insurgés blessés varsovie 1944
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