Les combats feront plus de 20 000 morts dans le ghetto

Des Juifs continuent le combat dans les ruines, caves et égouts

Un commandant de 24 ans
La plupart des combattants du ghetto n'étaient guère plus âgés que leur commandant de vingt-quatre ans. Mordehaï Anielewicz était un garçon de grande taille, fort, d'un caractère effacé en meme temps que d'un courage à toute épreuve. Il avait pressenti l'extermination à laquelle les juifs ne voulaient pas croire. Devenu le chef de l'OJC, il regrettait amèrement les années consacrées au seul travail culturel, alors que le combat commençait si tard, quand 300 000 juifs avaient été déjà déportés. A présent, sur l'issue du combat, il n'avait aucune illusion. Mais à partir du moment où il choisit la lutte armée, plus rien d'autre n'exista pour lui.
Combat dans les égoûts du ghetto de Varsovie
Les défenseurs du ghetto se sont réfugiés dans les égouts. Depuis longtemps ces voies souterraines servent à faire passer des munitions et des armes. Les combattants en connaissent les dédales. Plongés dans l'eau puante, à demi asphyxiés, ils parcourent ces labyrinthes pour en sortir aux endroits où les Allemands ne les attendent pas. La guerre prend alors un caractère encore plus atroce que les jours précédents.
Tandis que l'incendie gagne, les gens se précipitent de plus en plus nombreux dans les bouches d'égout. Beaucoup s'y perdent, succombent à la faim ou à la fatigue et meurent au milieu des immondices. Les guides manquent dans le réseau des canalisations et les nazis ont bouché toutes les issues donnant sur les quartiers « aryens ». Quelques survivants ont raconté leurs journées d'horreur.
« Nous pataugeons dans l'eau sale qui nous monte jusqu'aux genoux, écrit l'un d'eux. Pliés en• deux, couverts d'excréments et tenant des bougies dans les mains, nous nous traînons d'un égout à l'autre. De temps en temps, nous nous asseyons pour nous reposer : alors l'eau nous monte jusqu'à la poitrine. »
Un autre combattant donne à son tour son témoignage : « Toute la nuit nous cheminons à travers les égouts. Nous nous heurtons à de nombreux barrages édifiés par les Allemands. Les bouches d'égouts sont remplies de gravats. Dans les passages, ils ont suspendu des grenades qui explosent à chaque geste imprudent. Et pourtant c'est dans ces conditions, dans un conduit dont le diamètre ne dépasse pis 70 centimètres, où il faut rester tout le temps courbé en deux, où l'eau arrive à la bouche, que nous attendrons quarante-huit heures le moment de sortir à la lumière du jour. »
Pour forcer les combattants à remonter à la surface, les nazis ont d'abord tenté d'inonder les galeries, puis ils ont eu l'idée de lancer des engins fumigènes, de façon à rendre l'atmosphère irrespirable. Coûte que coûte, il faut sortir, mais les résistants savent bien quel accueil leur sera fait à la surface.Partout des. monceaux de gravats, des portes calcinées, des blocs de pierre entassés. Des cadavres déjà décomposés ou en partie dévorés par les rats gisent dans les décombres ou s'entassent dans les caves. La puanteur est insoutenable.
Une grande solitude
Ce combat héroïque fut mené dans la plus grande solitude. La situation dans le ghetto était pourtant connue. Le Polonais Jan Karski le visita en octobre 1942 avant de se rendre en mission à Londres. Il s'entretint avec Artur Zygielbojm, émissaire du Bund qui fut, à partir de 1942, le représentant de l'organisation juive auprès du gouvernement polonais en exil à Londres. Ses efforts pour sensibiliser les Alliés au sort des Juifs de Varsovie furent vains. Le 12 mai 1943, Artur Zygielbojm s'immole par le feu. Il écrit : «En assistant passivement à l'extermination de millions d'hommes, de femmes et d'enfants sans défense et torturés à mort, ces pays se sont faits les complices des assassins. [...] Je ne peux garder le silence, je ne peux continuer à vivre tandis qu'on élimine les restants de la population juive de Pologne à laquelle j'appartiens. [...] Par ma mort, je souhaite protester énergiquement contre l'extermination du peuple juif. »
juifs et revolte du ghetto de Varsovie
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