Destination Treblinka et les camps de la mort

La déportation massive des Juifs commence en juillet 1942

Les juifs ne meurent pas assez vite
Les mois passent et Himmler manifeste son mécontentement. Il considère que ces Juifs sont bien encombrants : ils ne meurent pas assez vite. De nouveaux ordres arrivent à Varsovie concernant la « transplantation » des malheureux dans des camps de concentration. En fait, ce mot de « transplantation » cache celui d'anéantissement.
Au début de l'été 1942, l'affreuse nouvelle se répand à travers le ghetto comme une traînée de poudre, semant la panique dans les foyers. On raconte que le Judenrat, entouré d'un cordon de police, tente de discuter des modalités de l'opération avec les chefs de la Gestapo. C'est évidemment la lutte du pot de terre contre le pot de fer.
Czerniakow essaie de marchander : il offre 10 millions de zlotys pour l'abrogation du décret, mais à quoi peut rimer cette proposition? Les nazis qui pressurent le pays obtiennent tout l'argent qu'ils veulent. Déjà des otages ont été pris parmi les personnalités juives du quartier. Tout se passe très convenablement. Les SS commencent par faire évacuer les centres de réfugiés. Les prisonniers sont enlevés des prisons, les malades des hôpitaux, les mendiants, les sans-logis, les enfants qui errent sans foyer disparaissent également. Où sont conduits ces pauvres gens? Nul ne le sait, mais chaque famille tremble pour les siens.
Le décret fatal
Le 22 juillet, le décret fatal a été affiché dans les rues. Tous les habitants du ghetto vont partir. Cet immense transfert de population ne pourra évidemment s'effectuer en une seule fois. Il est entendu que chaque jour la police juive fournira un lot de 6 à 7 000 personnes. Les expulsés recevront des vivres, chacun pourra emporter un colis de 10 kilos au maximum. Les « voyageurs » sont cordialement invités à prendre avec eux leur or, leurs bijoux, leurs objets de prix. Les opérations commenceront dès le lendemain.
Des scènes d'horreur

Dans le ghetto, la désolation règne. On poursuit les gens dans les rues, sur les toits, dans les caves. Les portes fermées à clé sont abattues à coup de hache. La police juive est encadrée de membres de la Gestapo qui ne se laissent pas attendrir. Maintenant, la sinistre machine est en branle. Le chiffre de 7 000 personnes est largement dépassé. Chaque jour un lot de 10 000 prisonniers est ramassé. L'épouvante se lit sur tous les visages. Les hommes se sont transformés en bêtes. Chacun essaie d'éviter la déportation, on chasse les gens à travers le quartier comme les animaux dans la forêt. Ce sont les policiers juifs qui sont les plus cruels à l'égard des condamnés. Parfois de véritables batailles se déroulent, mais les gendarmes bien armés ont évidemment le dessus. Certains se laissent corrompre par la forte somme. D'autres se sont fait délivrer de faux certificats de travail. Opération inutile. Ces papiers devront être tamponnés par les autorités allemandes et la supercherie sera découverte.
Quand le contingent quotidien est insuffisant, on embarque n'importe quel passant. Le malheureux (ou la malheureuse) ainsi pris dans la rue n'a même pas le droit d'aller chercher du linge ou des provisions : il part les mains vides.
Vers Treblinka
Les prisonniers sont rassemblés. Là, des scènes déchirantes se succèdent. Des femmes sont séparées de leurs maris, des enfants de leurs mères. Des cris, des pleurs retentissent. Le transfert vers les camps de la mort se fait la plupart du temps par chemin de fer. La station est au bout de la place. Les malheureux sont hissés dans des wagons de marchandises. Parqués comme du bétail, serrés les uns contre les autres, les plus faibles mourront avant d'arriver au but.
« En plus du siège de maisons et de la chasse dans les rues, il y a encore une méthode pour arrêter les futurs déportés : les primes. D'immenses affiches ont été apposées dans de nombreux immeubles, disant que ceux qui se présenteraient volontairement au point de rassemblement recevraient 3 kilos de pain et 1 kilo de marmelade pour emporter avec eux. »
Héros de la déportation
La déportation produisait ses héros, pas tous dans les secteurs attendus : Adam Czerniakow, cet ingénieur devenu président du conseil juif, qui s'empoisonna plutôt que de signer le décret d'expulsion ; le Dr Henry.k Goldszmidt, écrivain, professeur et pédiatre, qui choisit de mourir avec les enfants de son orphelinat, bien que les Allemands lui eussent offert la vie sauve.
Au Jugenrat, Adam Czerniakow montre une figure décomposée par l'angoisse. Il sait très bien que les nazis sont décidés à liquider tous les Juifs de Varsovie. Que peut-il faire? Il s'est enfermé dans son bureau, refusant de contresigner le décret qui condamne ses frères de race.
Quelques instants plus tard, lorsque le secrétaire ouvre la porte, il aperçoit Czerniatow assis dans un fauteuil, le regard fixe : il s'est empoisonné au cyanure. Sur son bureau, une note avec un chiffre : 7 000. Les nazis haussent les épaules. Un Juif de moins, la belle affaire
deportation dans le ghetto de varsovie
entree du ghetto de varsovie
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