Lire et écrire dans le ghetto Juif de Varsovie

Au milieu de la mort des écoles clandestines prospéraient

Dans le ghetto de Varsovie, tout le monde écrit
Phénomène unique dans l'histoire, le ghetto écrit, le ghetto archive : « Tout le monde écrivait. Journalistes et écrivains, cela va de soi, mais aussi les instituteurs, les travailleurs sociaux, les jeunes et même les enfants », Chaïm Kaplan confirme : « Toute personne qui tient un Journal met ses jours en danger, mais cela ne me fait pas peur. J'ai le sentiment profond de la grandeur des temps que nous vivons, de ma responsabilité à leur égard, et j'ai la conviction intime que je remplis ainsi un devoir à l'égard de l'histoire, auquel je n'ai pas le droit de me dérober. [...] Je suis convaincu que la providence m'a mis ici pour remplir cette mission. Mon Journal sera une source dont se serviront les futurs historiens . »
Race dégénérée
La nuit, règne un black-out total : l'électricité est coupée. Par ordre des Allemands, toutes les écoles ont été fermées. Il est inutile d'apprendre à lire aux petits Juifs. Quelques instituteurs bénévoles s'arrangent cependant pour grouper les enfants et leur donner des rudiments d'instruction. D'autres organismes se créent, pour rendre des services aux sans-logis et aux miséreux.
L'idée des nazis est bien d'exterminer les Juifs polonais. Mais avant de procéder à ces massacres collectifs, il s'agit de montrer au monde qu'il s'agit d'une race amorale, dégénérée, abâtardie.
Une opération est montée dans ce but. Quelques jeunes gens des deux sexes sont conduits dans un établissement de bains rituels. Là on les force à se déshabiller. Lorsqu'ils sont nus, on leur fait prendre, deux par deux, des poses érotiques. Des photographes prennent des clichés qui serviront à l'édification des « Aryens ».
Au milieu de la mort
Cependant, au milieu de la mort et de la maladie, de la peur, de la corruption, de la trahison, des écoles clandestines prospéraient, les zones détruites, mises en culture, servaient de « parcs », quatre théâtres restaient ouverts, les musiciens donnaient des concerts, les poètes distillaient leur désespoir et leurs rêves, les peintres et les sculpteurs créaient et exposaient, des journaux interdits paraissaient et des savants tels qu'Emmanuel Ringelblum et Chaïm A. Kaplan réunissaient des archives secrètes sur le martyre des juifs.
Deux heures d'oubli
Comme si distribuer un peu de pain ne suffisait pas, on créa un réseau d'écoles, de bibliothèques, de conférences, de troupes théâtrales et même une université populaire. << Vivre et mourir avec dignité. » C'est conformément à ce mot d'ordre que l'on vit des équipes d'écrivains, d'artistes, d'hommes de science pénétrer dans les recoins les plus obscurs du ghetto, donner des conférences dans des appartements et des caves, susciter des discussions sur des sujets politiques, sociaux, littéraires, tenter de sortir les masses juives de leur désespoir ou de leur apathie.
Les écrivains continuaient à écrire, et ce fut le temps d'une tragique fécondité pour le grand poète Isaac Katzenelson c'est dans le ghetto que naquit Le Chant du peuple massacré.
On s'arrachait les livres, surtout les rares livres étrangers, anglais notamment. Le réseau d'écoles clandestines dispensait l'enseignement primaire et secondaire. Grâce à la présence de chercheurs, d'instrumentistes, le ghetto eut des chorales, un orchestre symphonique. Pour le mois des enfants ou le mois des orphelins, des concerts faisaient salle pleine.
On disposait même de quelques cafés que l'occupant tolérait et où les juifs furent heureux, dans les premiers temps, de boire un verre d'ersatz de thé.
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