Un camp fortifié bien ravitaillé

L'assiégé est mieux ravitaillé que l'assiégeant !

Dans ses mémoires, Rommel attribue la cause principale de ses échecs répétés devant Tobrouk au manque d'entrainement de ses hommes à la guerre de mouvement. Ils laissent passer les occasions, se montrant trop téméraires lorsqu'il faudrait être prudent et trop circonspects au moment où seule l'audace serait payante.
Mais ce n'est pas la seule raison et certainement pas la plus probante. Il en est une autre dont il ne peut percevoir tous les aspects : le ravitaillement.
La bataille de Tobrouk est tout à fait paradoxale en ce sens que l'assiégé est mieux ravitaillé que l'assiégeant ! Rommel, évidemment, n'a qu'une notion assez vague de ce que reçoivent les Australiens chaque nuit, grâce aux navettes de petits caboteurs. Ce qu'il constate, en revanche, c'est que son propre ravitaillement est défectueux.
A cela y a deux raisons la presque totalité des opérations de déchargement se déroule à Tripoli, à plus de 2 000 kilomètres de Tobrouk. En outre, le port est déja sérieusement embouteillé par le débarquement de la 15.Pz.Div., de sorte que les délais d'acheminement du ravitaillement au front sont encore plus longs qu'à la normale. Enfin, le port de Benghazi est nettement sous-employé et la mise en place d'un système de cabotage par les services allemands ne soulage que peu les besoins énormes du front. Il résulte de tout cela une charge écrasante pour les transports routiers de l'Afrikakorps.
Du côté allié, il en va tout autrement, car la Royal Navy possède la maîtrise des mers. De jour comme de nuit, elle envoie tous les navires qu'elle peut affréter pour ravitailler le port. Cela va de la péniche au Càrassé, en passant par les monitors, les destroyers, les canonnières et même les chalutiers et les petits bateaux des pécheurs d'éponge. Navires-hôpitaux et pétroliers se relaient. En face de cette armada, Rommel dispose de peu de moyens navals, mais du poids de la Luftwaffe qui règne alors sur les ciels de Cyrénaïque.
Tous les jours, les navires britanniques sont assaille par les Ju 87 Stuka et divers types d'avions torpilleurs SM 79 italiens, He 111 et Ju 88 allemands. Apres des pertes sensibles, les Britanniques renoncent à ravitailler Tobrouk le jour, mais le trajet au départ des ports égyptiens est trop long pour que le voyage aller-retour se fasse dans une courte nuit de mai. Les bateaux sont encore assaillis mais de façon moins efficace, autant du fait de la distance qui réduit la durée des attaques, que de la présence de la chasse anglaise.
L'aviation de l'Axe n'est pas la seule à porter des coups au va-et-vient incessant de la marine anglaise. Les Italiens disposent aussi de vedettes rapides. les MAS, avec des équipages particulièrement courageux. qui remporteront les plus beaux succès de la marine italienne. Les Allemands achemineront également, durant l'été 1941, des Schnellboote venus de Baltique via le Rhin, les canaux français et le Rhône !
Enfin, des U-Boote viennent patrouiller au large de Tobrouk, mais ils ne remporteront que de maigres succès, les caboteurs n'étant pas des proies idéales pour des sous-marins, d'autant que l'escorte est toujours nombreuse en destroyers.
Ainsi, malgré les efforts italo-allemands, le lien n'est jamais rompu entre les assiégés et leurs bases arrières. La relève des unités se déroule normalement, des chars nouveaux sont livrés pour remplacer les pertes, la ligne de ravitaillement n'est pas coupée.
ravitaillement de tobrouk en 1941
benghazi-1941
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