Puces, mouches et rats

Des problèmes de nourriture se posaient aussi

Chaque jour apportait aux défenseurs de Tobrouk une nouvelle moisson de problèmes qui s'ajoutaient à ceux que posait en soi la guerre du désert. Dans ce paysage sans caractère, uniforme, les soldats perdaient le sensde l'orientation. Le jour, la température dépassait généralement 40 °C et lorsqu'on posait la main sur un char resté au soleil on était sérieusement brûlé. Des problèmes de nourriture se posaient aussi : elle était, certes, abondante, mais peu variée : tous les jours, au menu, il n'y avait que des conserves. L'eau était rare et salée. Le pain manquait totalement ; en revanche, les puces, les mouches et les rats pullulaient.
Il existait un autre problème, nouveau dans la guerre de siège. La proximité des terrains d'aviation de l'Axe permettait aux soldats de la garnison d'entendre le vrombissement des moteurs des appareils qui s'apprêtaient à décoller. Deux de ces terrains d'aviation, ElAdem et Acromit, se trouvaient seulement à une quinzaine de kilomètres, et quelques soldats affirmaient que, dans le calme de la nuit, ils pouvaient entendre chanter les mécaniciens qui révisaient les avions ennemis.
Depuis le départ des chasseurs de la R.A.F., le 25 avril, la défense permanente contre les bombardiers n'était assurée que par les canons antiaériens de la Royal Ariillery et les pièces des navires ancrés dans le port. Deux régiments, qui utilisaient des pièces de 90 mm et des pièces de 102 mm qu'ils avaient capturées aux Italiens, et trois régiments dotés de 40 mm Bofors luttèrent pendant tout le siège contre les attaques des bombardiers de haute altitude et des bombardiers en piqué. Durant les innombrables raids, les canonniers se montrèrent aussi efficaces que leurs camarades de Malte. Ils réussirent à maintenir « un parapluie » antiaérien miniature contre la farouche bravoure des pilotes allemands qui survolaient quelquefois les emplacements de D.C.A. à moins de 200 mètres. A partir de juillet, les raids des bombardiers en piqué se firent moins précis et le déchargement des navires put à nouveau s'effectuer de jour. Ce résultat était dû aux canonniers dont la vaillance et la précision gênaient considérablement la Luftwaffe.
Le secteur ouest, sur les flancs du saillant de Ras-el-Madaouar, posait des problèmes très particuliers. La nature rocheuse du sol ne permettait pas de creuser profondément et lorsque les Britanniques ou les soldats de l'Axe ne combattaient pas, ils devaient rester allongés sans bouger dans leurs tranchées peu profondes. Les Allemands ont laissé ce témoignage : Les Australiens étaient des tireurs d'élite ; au moindre mouvement hors des tranchées, ils faisaient mouche.
Si durs que fussent les combats dans le secteur ouest, ils l'étaient autant dans les secteurs sud et est.
Pour les opérations de nuit, les Australiens portaient des chaussures à semelle de crêpe, des pantalons longs, des pull-overs et des bérets; ils étaient armés de mitraillettes et de grenades. Dans la plupart des cas, ils cherchaient à détruire un seul point d'appui ennemi. Ils se déplaçaient sans bruit lors des nuits sans lune et lorsqu'ils avaient atteint leur objectif, ils jetaient leurs grenades et vidaient les chargeurs de leur mitraillette avant de disparaître.
Les Allemands agissaient de la même manière contre les Australiens et les Anglais, et, fréquemment, deux patrouilles se rencontraient dans le no man's land: un violent combat s'engageait alors, qui se transformait souvent en corps à corps.
A mesure que le temps passait, les conditions de vie dans le secteur assiégé s'aggravaient ; Rommel, parfaitement conscient de la situation, écrivait à sa femme en juin : L'eau manque à Tobrouk, les troupes anglaises n'ont qu'une ration quotidienne d'un demi-litre. J'espère que nos bombardiers en piqué réduiront cette ration davantage encore. La chaleur devient de plus en plus insupportable et il est presque impossible d'étancher sa soif. »
tobrouk en 1941
allemand-tobrouk-1941
l'eau manque à tobrouk en 1941
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