En attendant l'opération Crusader

De rudes combats les attendaient encore.

Les Polonais entreprirent d'améliorer leurs positions défensives. Ils creusèrent dans la roche à l'aide d'outils improvisés tels que des ressorts empruntés à des véhicules détruits et travaillèrent d'arrache-pied pour approfondir leurs tranchées. C'était un travail extrêmement difficile et pénible, car ils l'effectuaient à plat ventre. Lorsqu'ils quittèrent le secteur ouest en décembre, les tranchées étaient suffisamment profondes pour qu'un homme pût s'y déplacer debout sans être vu de l'ennemi. Mais ce qu'il en coûta en sueur et en ampoules, seuls les Polonais pourraient le dire !
A la suite de la relève de la 9e division australienne par la 70e division britannique, les effectifs de la garnison comprenaient trois brigades d'infanterie (les 14e, 16e et 23e), une brigade de blindés (la 32e, comprenant le ler et le 4e Royal Tank Regiments, avec un escadron du 7e R.T.R. et un escadron des King's Dragoon Guards), sept régiments d'artillerie, plus une brigade d'artillerie antiaérienne, un bataillon tchèque, un bataillon de mitrailleurs du Royal Northumberland Fusiliers, un bataillon australien et, plus tard, deux bataillons néo-zélandais avec leur artillerie.
C'est avec ce corps de bataille que le général Scobie avait l'intention d'effectuer une sortie en force pour se joindre à l'offensive de la Ville armée. Cette opération coordonnée prit « Crusader » pour nom de code.
Pendant ce temps, Rommel préparait une opération pour s'emparer de Tobrouk. Il ne pouvait en effet risquer une avance en direction du Nil sans s'être emparé de la forteresse. Il constitua la 15e division de panzers (général Neumann-Sylkow) en « unité d'assaut de Tobrouk ». Elle entreprit des exercices aux environs d'Acroma où les Allemands avaient reconstitué sur le terrain les lignes de défense de Tobrouk. Elle reçut un entraînement spécial pour l'utilisation des charges explosives destinées à détruire les tranchées. La date de l'attaque fut fixée au 23 novembre.
Au début de novembre, les services de renseignements britanniques au Caire eurent en leur possession un plan détaillé de l'attaque, écrit, semblait-il, de la main de Rommel. Il donnait des renseignements importants concernant les unités qui y participeraient, les heures, les Itinéraires, les points de résistance, tout, sauf la date de l'attaque.
De longues discussions s'élevèrent au Q.G. d'Auchinleck pour étudier ce document, déterminer si le plan avait été effectivement tracé par Rommel, ou s'il s'agissait d'un faux destiné à tromper l'état-major anglais. Finalement, on décida de le considérer comme authentique. Auchinleck déploya ses forces pour riposter à Rommel dès qu'il attaquerait Tobrouk, et surprendre ainsi, pour une fois, le « Renard du désert ».
Les jours passèrent, la tension régnait dans la Ville armée, qui attendait que Rommel lançât le premier l'attaque. A Londres, Churchill, irrité par cette attente, ordonna que l'opération « Crusader » fût déclenchée le 18 novembre.
Dans la forteresse assiégée, le général Scobie décida que la garnison de Tobrouk effectuerait sa percée des lignes ennemies dans le secteur est, afin de rejoindre le plus rapidement possible les éléments avancés de la Ville armée. Cette tâche avait été confiée à la I4e brigade d'infanterie (Black Watch, Bedforshire and Hertfordshire Regiment, York and Lancaster Regiment), commandée par le brigadier B. H. Chappel, soutenue par les chars de la 32e brigade blindée et les mitrailleurs des Royal Northumberland Fusiliers.
La sortie était prévue pour l'aube du 22 novembre. Mais, trois heures avant, la brigade polonaise devait entreprendre une diversion dans le secteur ouest, précédée d'un puissant tir de barrage d'artillerie.
Pendant la nuit du 21 au 22, les troupes rejoignirent leurs positions de départ. Au loin, ils entendaient des échos de la violente bataille qui se déroulait dans le secteur de Sidi-Rezegh, où la 8e armée tentait de les rejoindre.
- Tous, Anglais, Polonais, Tchèques, NéoZélandais et Australiens espéraient, en attendant l'heure H, que le siège toucherait bientôt à sa fin. De rudes combats les attendaient encore. L'opération « Crusader » allait se poursuivre pendant plusieurs semaines, et le siège de Tobrouk ne serait pas levé avant le 10 décembre, lorsque les communications entre la Ville armée et la garnison seraient définitivement rétablies. La Royal Navy, elle, qui avait été le seul lien entre Tobrouk et les forces alliées, put enfin relâcher ses efforts. La mission qu'elle avait exécutée était extraordinaire : elle avait; en effet, amené à Tobrouk pendant les 242 .jours de siège : 34 000 hommes, 72 chars, 92 pièces d'artillerie et 34 000 tonnes d'approvisionnements divers.
britanniques à tobrouk en 1941
rommel à tobrouk en 1941
soldats alliés dans tobrouk en 1941
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