Cessez le feu et accords implicites

Une trêve de deux heures au crépuscule

Lorsque la brigade polonaise arriva, à la mi-août, le général Morshead l'affecta tout d'abord au secteur sud, relativement calme. Puis, quelques semaines plus tard, elle prit position, avec la Durham Light Infantry et les Black Watch, dans le secteur ouest, que l'ennemi avait partiellement occupé.
Ce secteur portait les traces de quatre mois de siège. Le no man's land était truffé de mines et de pièges divers et de nombreux cadavres de soldats des deux camps. Les défenses, toujours aussi sommaires, consistaient en petites tranchées individuelles étroites, dans lesquelles on ne pouvait ni s'asseoir ni s'agenouiller. En certains endroits, elles se réduisaient à de petites murettes de pierres.
Le terrain dans ce secteur avancé était si découvert que toute approche de jour était pratiquement impossible. Dès le lever du soleil, les défenseurs de ces positions ne pouvaient ni bouger ni être ravitaillés. Leur vie aurait été intolérable si un de ces accords implicites, comme il s'en produit quelquefois dans les guerres, n'était intervenu. Cet accord se traduisait, entre les deux camps, par une trêve de deux heures au crépuscule. Durant ce répit, on observait un cessez-le-feu ; les hommes pouvaient alors émerger de leurs tranchées, se dégourdir les membres et recevoir de la nourriture, de l'eau et des munitions. L'existence pour les deux parties devenait ainsi plus supportable.
Chaque soir, les Allemands signalaient la fin de la trêve en tirant en l'air une rafale de balles traçantes et « les affaires reprenaient leur cours
Une autre convention observée par les deux camps était le respect du drapeau de la Croix-Rouge. Lorsqu'un homme était touché, le tir s'éloignait du point désigné par le drapeau. Les brancardiers approchaient ensuite sans danger et évacuaient les blessés. Parfois, lorsque les pertes avaient été particulièrement lourdes, les ambulances pouvaient s'approcher des lignes et exécuter leur mission de secours.
Lorsque les Polonais remplacèrent les Australiens dans ce secteur, ils rejetèrent tout d'abord ces accords tacites. Ils avaient, pour la plupart, beaucoup souffert en Europe de la barbarie des Allemands et une répulsion instinctive les empêchait de concevoir un accord quelconque avec eux.
Cependant, le général Kopanski comprit qu'une telle attitude permettrait aux Allemands d'identifier sa brigade et il tenait à garder ce secret le plus longtemps possible. Il donna donc à ses chefs de bataillon l'ordre de respecter les accords de cessez-le-feu ; ils obéirent mais à contrecœur. Ils réalisèrent peu après l'intérêt de cette mesure qui les empêchait de mourir de faim et de soif. Ils refusèrent cependant la convention concernant le drapeau de la Croix-Rouge. Ils s'organisèrent rapidement pour que chaque section fût équipée des médicaments de première urgence et soignât les blessés jusqu'à évacuation au moment de la trêve des deux heures, au crépuscule.
Néanmoins, les Allemands et les Italiens continuèrent à hisser le drapeau de la Croix-Rouge et à évacuer les blessés en plein jour. Les Polonais ne tiraient pas sur les brancardiers, mais, comme le raconte le général Kopanski, la position du drapeau les aidait à localiser les points fortifiés de l'ennemi, points qu'ils détruisaient ensuite avec plus d'efficacité.
polonais dans tobrouk en 1941
italiens à tobrouk en 1941
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