La tactique sanglante de Monty

L'armée était clouée au sol dans les champs de mines par le feu de l'ennemi...

mines-el alamein
L'armée était clouée au sol dans les champs de mines par le feu de l'ennemi. Malgré le barrage d'artillerie massif et les efforts de l'infanterie, la plupart des positions défensives de l'Axe demeuraient intactes. A l'aube, au nord, les chars anglais bloqués s'entassaient derrière l'infanterie, moteurs en marche, radiateurs bouillants. On aurait dit, raconta un témoin, «un parc à voitures mal organisé, dans une gigantesque réunion de courses se déroulant sur un amphithéâtre de poussière».
Montgomery avait trop demandé à ses troupes, en dépit de leur mordant. Pendant toute la matinée du 24, voyant les sapeurs avancer péniblement mètre par mètre, avec les blindés bloqués derrière eux, Montgomery rongea son frein dans son quartier général, et douta de la combativité des chars... Il ordonna aux blindés de foncer, sans se préoccuper de savoir si la voie était déminée.
Les généraux commandant les blindés étaient effrayés à la pensée de l'hécatombe de chars que coûterait une telle avance, non seulement du fait des mines non détectées mais aussi en raison des canons antichars. Le lieutenant général Lumsden était consterné. Il faut savoir, disait-il, comment utiliser les chars. «Si l'on ne prend pas son temps, on se fait étriper. Ce n'est pas aux chars de détruire les canons.»
Alors arriva ce que Montgomery appela «le moment décisif de la bataille». Sur son ordre, les chars reprirent leur progression pouce par pouce, à la faveur de l'obscurité. Vers 22 heures, la Luftwaffe lança un chapelet de bombes sur une colonne de ravitaillement du Nottinghamshire Yeomanry; les camions, qui roulaient pare-chocs contre pare-chocs, prirent feu l'un après l'autre et un rideau de flammes orange vacillantes s'éleva de vingt-cinq camions atteints, illuminant la nuit. Réglant leur tir sur le rideau de flammes, l'artillerie ennemie, les antichars et même des bombardiers isolés, firent pleuvoir la mort sur les chars alliés.
Le régiment Staffordshire Yeomanry, composé de robustes brasseurs de la fameuse brasserie Bass, à Burton-on-Trent, fut pris sous le feu destructeur des canons de 88. Le major John Lakin, témoin oculaire de la scène, put observer vingt-sept chars «flamber l'un après l'autre, comme si quelqu'un allumait les bougies d'un gâteau d'anniversaire». Le lieutenant-colonel James Eadie, commandant le régiment, craqua nerveusement et éclata en sanglots.
char anglais detruit à el alamein
Le 25, à 3 h 30, dans sa remorque, Montgomery écouta sans mot dire les objections de Lumsden. Il fallait, selon ce dernier, abandonner l'opération, et rappeler avant le jour les quelques chars qui avaient dépassé la crête de Miteirya, point d'appui élevé situé sur la ligne de l'Axe à onze kilomètres au sud de la côte car, derrière la crête, fit-il observer, se trouvaient des batteries ennemies. Montgomery secoua la tête. Son plan devait être suivi jusqu'au bout: il ne pouvait être question de se retirer. Si Lumsden et ses subordonnés ne voulaient pas avancer, on en trouverait d'autres pour le faire à leur place.
Montgomery inculquait à ses généraux une conception de la guerre nouvelle pour eux. Selon son raisonnement, d'une logique implacable, les chars — dont 900 demeuraient opérationnels — étaient du matériel consommable. Mais ses réserves d'infanterie s'épuisaient: plus de 6000 hommes étaient déjà hors de combat, tués ou blessés.
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