Rommel retourne au combat

Il savait qu'il n'y avait plus de lauriers à gagner en Afrique...

rommel à el alamein
Le 25 octobre, Rommel retourna au combat malgré son état de santé. Il savait qu'il n'y avait plus de lauriers à gagner en Afrique, mais Hitler, inquiet, qui ignorait encore pour quoi Stumme avait disparu, l'avait pressé de quitter son lit de douleur (dans le feu de l'action, la disparition de Stumme avait été signalée, mais non sa mort). A son arrivée au quartier général, à la tombée de la nuit, Rommel apprit le pire du général Ritter von Thoma, chef de l'Afrika Korps, qui assumait le commandement par intérim de l'Armée Blindée d'Afrique: l'Axe ne disposait plus d'essence que pour trois jours de combat soutenu.
La réalité, une fois de plus, était différente. Non seulement les réserves de carburant et de munitions de Rommel baissaient dangereusement, mais les armes promises n'arrivaient pas. La lutte dans le désert se réduisait à une guerre d'usure, que les Allemands ne pouvaient espérer gagner, en raison de leur infériorité numérique. On se battait avec une ténacité démentielle pour une colline pierreuse, un trou dans le sol ou quelques mètres de barbelés. «Des flots de sang, disait Rommel, étaient versés pour de misérables bandes de terre auxquelles même l'Arabe le plus déshérité n'aurait attaché aucun intérêt en temps normal.»
Aux premières heures de la bataille, l'Axe avait réussi à empêcher la percée décisive, mais Montgomery usait les forces de Rommel en détail. La 15e Panzer, qui avait supporté le poids de l'offensive dans le secteur nord, avait perdu 31 de ses 119 chars. Rommel lança des contre-attaques désespérées pour tenter de rétablir l'ancienne ligne de l'Axe; elles échouèrent. Le moral des Allemands et des Italiens s'effondra. Rommel lui-même sentit le danger. «Un très dur combat, écrivait-il à sa femme le 27 octobre. Nul n'a idée du fardeau qui pèse sur mes épaules.»
Montgomery, lui, n'était pas homme à douter ainsi. Mais il avait des raisons, lui aussi, d'être soucieux. Son plan visait à remporter sur Rommel une victoire spectaculaire. Or, le 26 octobre, troisième jour de la bataille, ses unités n'avaient pas atteint les objectifs qu'elles auraient dû conquérir en huit heures. Il comprit qu'à moins de lancer une nouvelle attaque et de la réussir, les Anglais pourraient bien perdre leur élan et leur volonté de vaincre. Il passa la plus grande partie de la journée enfermé dans son véhicule, et en sortit avec l'ébauche d'un nouveau plan.
C'est au nord qu'il avait réalisé sa plus forte avance: la 9e division australienne avait franchi presque entièrement les huit kilomètres de champs de mines et de défenses et progressait vers le nord-ouest et la côte. Elle avait pris au passage une éminence dominant la route et la voie ferrée côtières. Montgomery envisagea de réunir une puissante masse d'attaque pour exploiter le succès des Australiens; une fois maître de la route côtière, on couperait le ravitaillement de Rommel. Il commença par envoyer au repos les NéoZélandais épuisés qui, dès leurs effectifs recomplétés marcheraient en tête de la nouvelle attaque.
Conscient de la situation dramatique créée par l'avance des Australiens, Rommel préleva sur ses réserves la 90e division légère, et déplaça vers l'extrême nord de la ligne la 21e Panzer stationnée à 50 km au sud. C'était une décision irréversible, car la pénurie d'essence lui interdirait de ramener ses blindés au sud en cas de besoin. Mais il ne pouvait tenir compte de cette éventualité, car il lui fallait arrêter la poussée ennemie au nord.
montgomery à el alamein en 1942
rommet à el alamein en 1942
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