L'ordre aberrant du Führer

Cet ordre démentiel nous a atterrés...

defaite à el alamein
La bataille fit rage presque toute la journée. Le soir, il ne restait plus à Rommel que 35 chars allemands — la centaine de chars italiens s'étaient révélés inefficaces au combat. La cruelle mais inéluctable réalité s'imposait à Rommel : son armée blindée venait de subir une défaite décisive. Il décrocha par échelons et se replia à 100 km à l'est.
Mais un ordre de Hitler arriva le lendemain: «Dans la situation présente, disait le Führer, vous ne devez penser qu'à résister farouchement, sans reculer d'un pouce, et à jeter dans la bataille jusqu'au dernier canon et au dernier homme... Ce ne serait pas la première fois dans l'Histoire que la force de la volonté l'aurait emporté sur les gros bataillons. Quant à vos troupes, vous ne pouvez leur montrer d'autre chemin que celui de la victoire ou de la mort.»
Rommel donna l'ordre d'arrêter la retraite, mais il était consterné. «Cet ordre démentiel nous a atterrés», déclara-t-il au maréchal Kesselring, arrivé le 4 novembre au matin pour visiter le front. Dressé à l'obéissance aveugle, il hésita beaucoup à désobéir à l'ordre du Führer. Mais, durant toute la journée du 4, il vit se poursuivre la destruction de ses forces et décida finalement qu'il n'avait pas le choix. Le commandant de l'Afrika Korps, von Thoma, s'exprima en termes plus énergiques encore: «Cet ordre est une aberration sans précédent, dit-il; je ne peux plus supporter cela.» Rommel ordonna tristement de reprendre la retraite vers l'ouest, «pour sauver ce qui pouvait encore l'être». Il avait perdu 32000 hommes, plus de 1000 canons, et au moins 450 chars. Le lendemain, Hitler autorisa la retraite.
suivant