La bataille de Marsa-Matrouh

Retraite générale de la VIIIe armée...

Marsa-Matrouh

Le commandement au Moyen-Orient ne se limitait pas au simple front. Il englobait l'Afrique orientale et il devait apporter un• soutien éventuel à la Turquie tout en assumant la défense des régions pétrolifères bordant le golfe Persique, dans l'hypothèse d'une attaque lancée à partir du nord, à travers le Caucase. Cette menace n'avait cessé de hanter le commandement britannique depuis que les Allemands avaient atteint les rives du Don au cours de l'automne de 1941. Auchinleck portait donc la double responsabilité d'un chef d'armée et d'un commandant de théâtre d'opérations.
C'est pourquoi il voulait épargner à tout prix un désastre à la VIII' armée et la maintenir en état de défendre le golfe Persique contre une attaque de Rommel. Après la défaite de Gazala, Ritchie entendait livrer bataille sans esprit de recul à Marsa-Matrouh malgré l'avis d'Auchinleck, qui lui conseillait de se replier sur la position d'El-Alamein où il pourrait réorganiser ses forces et recevoir renforts et matériel.
La bataille de Marsa-Matrouh se déroula du 26 au 28 juin 1942 suivant le plan imaginé par Ritchie. Elle démontra une fois de plus l'ascendant moral acquis par les Allemands dans la guerre du désert. Avec une poignée de combattants épuisés, Rommel réussit à tromper les Britanniques d'une façon magistrale. Ils s'imaginèrent qu'ils étaient enfoncés, encerclés, battus à plate couture. Il est vrai que les communications étaient pratiquement coupées avec Auchinleck.
Devant la tournure des événements, le commandant en chef ordonna une retraite générale. Les deux armées, dans un mélange incroyable, se lancèrent dans une course-poursuite qui les amena jusqu'à la position d'El-Alamein, étroit couloir de 60 kilomètres de large coincé entre la mer et la dépression de Kattara. Alexandrie ne se trouvait plus qu'à 100 kilomètres !
La VIII' armée gagna la course de justesse mais « une catastrophe complète » était toujours à redouter, suivant le mot d'Auchinleck, qui ajoutait : « Personne ne pouvait dire si l'armée pourrait se rétablir assez vite pour empêcher Rommel de déboucher en Egypte. »
Le commandant en chef se trouva devant une des tâches les plus difficiles qui puissent attendre un général : regrouper une armée en désarroi et venger une défaite. En Egypte, la panique et le défaitisme régnaient. Néanmoins, il adressa une proclamation à ses troupes : « L'ennemi est arrivé au bout de son rouleau. Il s'imagine avoir devant lui une armée en débandade. Prouvez-lui le contraire. »
En fait, Auchinleck avait raison. En renonçant à s'emparer de Malte après la prise de Tobrouk, les Allemands avaient commis une faute irréparable. Si Rommel ne réussissait pas à s'ouvrir la route du delta dans le plus bref délai, son armée manquerait progressivement de ravitaillement, de renforts et surtout d'essence. Elle souffrirait de l'allongement de ses communications et des attaques lancées à partir de Malte. C'est pourquoi Rommel décida d'attaquer la VIII" armée dès le l' juillet, trois jours après la bataille de MarsaMatrouh.

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