La bataille d'Alam-el-Halfa

Témoignage du général Bayerlein, chef d'état-major de l' Afrika Korps...

Afrika Korps
En livrant bataille à Alam-el-Halfa, Rommel tentait pour la dernière fois de se frayer un chemin vers la vallée du Nil. Pour le général Montgomery, c'était sa première bataille dans le désert de Libye, cette terre brûlée qui faisait tant parler d'elle. C'est ainsi que les deux chefs s'affrontèrent dans des conditions de tension inhabituelles, chacun sachant pertinemment que sa réputation dépendait de l'issue du combat.
Le général Bayerlein, chef d'état-major de l' « Afrika Korps », décrit la situation avant la bataille...
rommel et Cavallero
Des étendues rocailleuses, arides, stériles, un terrain désolé parsemé de plaques de sable, sur lequel le soleil d'Afrique de juillet frappe sans merci, tel était le front d'El-Alamein. Il s'étendait entre les falaises rocheuses de la côte méditerranéenne de Tell-el-Eisa et la pyramide de 200 mètres de haut de Karet-el-Himeimat, au-dessus de la dépression de Kattara. C'était la seule position, dans tout le désert du nord de l'Afrique, qui fût à l'abri d'un débordement par les ailes.
Notre ravitaillement, transporté par mer, était tombé à 6 000 tonnes par mois, soit le cinquième de nos besoins réels. L'aviation et la marine britanniques coulaient les trois quarts de nos transports maritimes et il nous était donc impossible de constituer des réserves en vue du futur combat décisif. La Royal Air Force avait atteint une puissance et une efficacité sans précédent. Hitler, qui avait besoin de tout son matériel en Russie, n'envoyait plus de renforts. Les navires de transport qui reliaient le sud de l'Italie à Benghazi, point de déchargement du ravitaillement allemand et italien, empruntaient une route qui les mettait à portée d'attaque de Malte. Tobrouk ne pouvait recevoir un gros tonnage. C'est pourquoi d'interminables colonnes de camions allaient de ce port aux positions devant El-Alamein, sous la menace constante de la Royal Air Force. Ce ravitaillement par route entraînait une consommation importante d'un carburant précieux, aussi, pour l'épargner au maximum, les colonnes de transport étaient-elles chargées plus qu'il n'était nécessaire. La distance du front à Tobrouk était de 600 km ; 1 000 kilomètres le séparaient de Benghazi, le port principal, et plus de 2 000 de Tripoli, où arrivait également une grande quantité de ravitaillement. Les Britanniques, eux, n'étaient qu'à 90 kilomètres de leurs bases d'Alexandrie et à 350 kilomètres de Suez.
Rommel devait prendre la décision d'attaquer la position britannique d'El-Alamein et de pousser jusqu'au canal de Suez ; mais il faisait dépendre son offensive de l'arrivée de plusieurs milliers de tonnes d'essence par air ou par mer. Au cours d'un entretien qu'il eut, le 27 août, avec les maréchaux Kesselring et Cavallero, il lui fut affirmé qu'il recevrait 6 000 tonnes d'essence, dont 1 000 par avion. Rommel insista : « La bataille dépend de l'arrivée rapide de ce carburant. » Et Cavallero répondit : « Vous pouvez commencer la bataille dès maintenant, monsieur le maréchal ; l'essence est déjà en route. »
Rommel lança son attaque la nuit du 31 août. Nous n'avions qu'un nombre réduit de chars et de munitions, et une percée frontale des fortes lignes de défense anglaises était hors de question. Rommel opta donc pour la seule possibilité qui lui restât, une manoeuvre de débordement. Il lança des offensives de diversion au nord du front, une audacieuse offensive secondaire au centre, puis l'attaque principale au sud. Il avait l'intention de se frayer un passage le long de la dépression de Kattara, où les concentrations de troupes britanniques étaient plus faibles, puis d'effectuer un mouvement vers le nord, en passant à l'est d'Alam-elHalfa, et de rejoindre la côte à El-Hamman. Il espérait, de cette façon, tourner entièrement la position de l'ennemi, exactement comme il l'avait fait trois mois plus tôt à Gazala. Si son plan avait réussi, la VIII' armée eût été cernée et coupée de ses bases de ravitaillement.
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