Alam-el-Halfa

La bataille vue par le maréchal Rommel...

Au cours de la nuit du 30 au 31 août, l'infanterie et le groupe motorisé de notre armée blindée passèrent à l'attaque des bastions sud du front britannique d'El-Alamein.
Aussitôt, la R.A.F. entreprit des bombardements massifs sur le secteur occupé par nos forces d'assaut. Eclairées par des fusées à parachute, de larges formations larguèrent des chapelets de bombes à haute puissance explosive sur mes troupes.
L'état-major passa la plus grande partie de la nuit au téléphone, les rapports se déversant en un flot continuel. Malgré cela, nous étions très mal informés de la situation, mais il devint de plus en plus évident que l'affaire ne tournerait pas comme prévu. Je reçus le premier rapport de l'Afrika Korps à 8 heures, aux environs du djebel Kalakh. En raison de la densité considérable des champs de mines ennemis, l'Afrika Korps n'avait pu atteindre ses objectifs. A l'aube, ses unités de tête et le groupe de reconnaissance avaient atteint un point situé à 12 ou 15 km environ à l'est de nos champs de mines.
Les Anglais, en défendant leurs fortes posisitions avec une opiniâtreté extraordinaire, avaient retardé notre avance. Ce répit avait donné aux unités ennemies des secteurs menacés le temps d'envoyer au quartier général britannique des messages d'alerte et des rapports sur la situation permettant ainsi aux chefs anglais de prendre les mesures de défense nécessaires.
Quelques minutes plus tard, la nouvelle arriva que le général von Bismarck, commandant la 21' division de panzers, avait été tué par une mine et que le général Nehring, commandant l'Afrika Korps, avait été blessé au cours d'une attaque aérienne.
Les blindés anglais ayant eu le temps de se rassembler en vue d'une action immédiate, il nous était impossible de poursuivre notre large mouvement enveloppant vers l'est parce que nos flancs auraient été sous la menace constante de la 7" division blindée, au sud, et de la 10', au nord. Il fallut donc décider de remonter vers le nord plus tôt que nous ne l'avions prévu.
Les objectifs de l'attaque, désormais désignés, étaient la cote 132 pour l'Afrika Korps, et Alam-Boueit-Alam-el-Halfa pour le 20' corps italien. Après notre reconnaissance aérienne, nous savions que cette crête était maintenant solidement fortifiée ; elle était aussi, comme nous l'avons découvert plus tard, tenue par la 44' division d'infanterie britannique, fraîchement arrivée de Grande-Bretagne. Notre expérience de situations semblables nous confirma dans la pensée que la bataille pour la crête d'Alam-el-Halfa — clé de toute la position d'El-Alamein — serait rude. Je demandai donc au maréchal Kesselring d'y mener des attaques aériennes intensives pendant les quelques jours suivants.
Après avoir refait le plein d'essence et de munitions, l'Afrika Korps se remit en marche vers 13 heures. L'attaque se déroula dans une violente tempête de sable, commença bien et profita de l'appoint de la division italienne « Littorio ». Malheureusement, les divisions « Ariete » et « Trieste » furent retardées par les opérations de déminage et par la pénétration difficile de leurs unités à travers le système défensif anglais. Le 20" corps motorisé, par conséquent, ne put commencer sa progression avant 15 heures et, dès le début, se traîna quelque peu en arrière sur la gauche de l'Afrika Korps.
Pendant ce temps, les véhicules et les chars de l'Afrika Korps poursuivaient avec difficulté leur chemin à travers le sable mou. Des tempêtes de sable soufflèrent à plusieurs reprises pendant la journée, menant la vie dure à mes hommes ; elles eurent du moins l'avantage d'empêcher l'aviation britannique de bombarder nos unités. Les difficultés de progression firent que les réserves d'essence de l'Afrika Korps s'amenuisèrent bientôt dangereusement et, à 16 heures, nous renonçâmes à attaquer la cote 132. Le 20e corp italien avait encore un retard considérable, mais la 90' division légère avait atteint son poste. La protection à l'est et au sud-est était assurée par les bataillons de reconnaissance.
Mais l'essence promise n'était toujours pas arrivée et il fallait ajouter à cela le fait que nos convois de ravitaillement, utilisant les pistes ouvertes dans les champs de mines ennemis, avaient été sérieusement gênés par les blindés britanniques qui se trouvaient au sud de notre saillant (7 division blindée). En conséquence, le matin du 1" septembre, je me vis obligé de renoncer à toute tentative d'assaut d'envergure. Pour le moment, il fallait éviter tout mouvement de forces motorisées. Nous ne pouvions nous permettre que quelques attaques sur des objectifs limités.
C'est ainsi que l'Afrika Korps attaqua, le 1" septembre au matin, avec la seule 15e division de panzers. Après avoir détruit un certain nombre de chars lourds britanniques, le gros de la division réussit à atteindre la zone qui se trouve au sud de la cote 132, mais, n'ayant presque plus d'essence, dut se replier.
Le 2 septembre, sur les 5 000 tonnes d'essence qui auraient dû arriver le 3, 2 600 tonnes avaient déjà été coulées et 1 500 étaient encore en Italie !
A partir de 23 heures jusqu'au matin du 2 septembre, nous fûmes de nouveau attaqués par des vagues successives d'avions qui larguèrent des bombes de tout calibre. Une fois de plus, elles vinrent s'écraser près de mon poste de commandement. Un camion prit feu à 10 mètres à peine de ma tranchée.
Après cette nuit, je décidai de renoncer à l'attaque et de replier les troupes par étapes vers les lignes El-Taka-Bab-el-Kattara. Notre offensive n'avait plus aucune chance de réussir, en partie parce que nous n'avions plus d'essence et que la couverture de nos chasseurs était insuffisante, en partie parce que la bataille avait atteint ce stade où le matériel seul déciderait de son issue.
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