La VIIIe armée apprend à se battre

Montgomery était résolu à en faire une force de choc

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Churchill insistait pour attaquer en septembre, au nom de la nécessité de vaincre Rommel avant l'automne. L'invasion massive de l'Algérie et du Maroc par les Anglais et les Américains devait avoir lieu le 8 novembre, sous le nom de code d'opération Torch, et Churchill pensait qu'une victoire à El Alamein la faciliterait, en obligeant les autorités vichyssoises d'Afrique du Nord à se montrer plus coopérantes. En outre, Churchill souhaitait ardemment que la Ville Armée s'emparât des terrains d'aviation de l'Axe à l'ouest d'El Alamein, afin d'alléger la pression ennemie sur l'île-forteresse de Malte — alors soumise à un bombardement aérien intense, à cause de son importance stratégique comme base aérienne et navale au coeur de la Méditerranée.
Mais Montgomery refusa catégoriquement de se mettre en marche avant novembre: si Churchill donnait l'ordre d'attaquer en septembre, il lui faudrait trouver quelqu'un d'autre pour commander. «C'était du chantage», reconnut Montgomery, mais le chantage réussit: on n'entendit plus parler de l'offensive de septembre.
Montgomery avait une bonne raison de ne pas attaquer plus tôt. Sans doute la bataille du désert durait-elle depuis deux ans, mais il sentait que la VIlle Armée n'était pas prête pour la bataille décisive. Elle comprenait trop de nouvelles recrues et d'hommes insuffisamment entraînés. Résolu à en faire une force de choc, il retira des unités des premières lignes, les envoya à l'arrière, leur enseigna les principes fondamentaux de la guerre dans le désert et leur fit faire des exercices sur un terrain exactement semblable à celui de la ligne d'El Alamein. Six nouvelles défenses antichars furent établies le long de la côte; les recrues y tiraient au canon de six livres sur de faux chars montés sur châssis roulants. Une école de déminage fonctionnait à proximité, et des équipes appartenant à cinquante-six unités du génie s'entraînaient à l'enlèvement des mines.
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Pour sa part, Montgomery se consacrait essentiellement au problème tactique. Son plan consistait à attaquer au nord, dans le secteur le plus fortement défendu de la ligne. Pour rendre la surprise complète, on élabora l'un des plans de diversion et de camouflage les plus peaufinés de l'histoire militaire anglaise. Le lieutenant-colonel Charles Richardson, de l'état-major de Montgomery, imagina un ingénieux truquage pour faire croire aux Allemands que l'attaque principale aurait lieu dans le secteur sud.
Pour donner le change aux avions de reconnaissance de l'Axe, on construisit en bois et en toile trois régiments et demi d'artillerie lourde, avec des artilleurs également factices. On figura même des soldats accroupis dans de fausses latrines. Illusoire aussi la conduite d'eau, simulée par des bidons d'essence vides, qui s'étendait sur 30 km jusqu'à une zone parsemée de 700 piles d'approvisionnements factices; le rythme de sa construction fut calculé de façon à laisser croire que l'attaque n'aurait pas lieu avant son achèvement. Les Anglais avaient fini par apprendre — et à améliorer — les efficaces méthodes de simulation de Rommel.
Au nord, le plus grand calme semblait régner parmi les forces anglaises. Mais, à la faveur de l'obscurité, 2 000 tonnes d'essence furent cachées dans une centaine de tranchées creusées près de la gare d'El Alamein, sur la voie ferrée côtière. Des stocks de vivres furent amenés par camions et recouverts de filets de camouflage escamotables. La veille de la bataille, les chars quittèrent leurs aires de stationnement respectives où ils furent remplacés avant l'aube par quatre cents faux véhicules; déguisés en camions à l'aide de toiles amovibles, ils gagnèrent alors leurs positions de départ.
Montgomery fixa la date de l'attaque à la nuit du 23 octobre. L'entraînement de ses troupes serait alors terminé, et la pleine lune faciliterait le dégagement de passages par les sapeurs à travers les énormes champs de mines de Rommel. Entre la première ligne anglaise et le quartier général arrière de l'Axe, ces champs s'étendaient sur 8 km de profondeur et 65 de longueur — 500000 mines meurtrières disposées en fer à cheval. Rommel les appelait «les jardins du diable». Il était prévu que, dans les huit heures précédant l'aube, les sapeurs auraient neutralisé les champs de mines et que l'infanterie et les blindés les auraient franchis.
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