La sortie des Français à Bir Hakeim

C'est la fuite en avant d'hommes décidés à se frayer un passage en combattant

Le 2' bataillon de la légion a déjà franchi le champ de mines ; une des dernières, la section de l'aspirant Germain, vient de passer en ordre derrière la 7' compagnie.
Dans la nuit noire, où les repères manquent car tout a été bouleversé, les colonnes motorisées se mettent en place vers 22 h 30. Le bruit alerte l'ennemi qui lance des fusées éclairantes. Les armes automatiques ennemies crachent leurs rafales lumineuses, surprenant le B.P. 1 qui commence son mouvement à pied, derrière le 3' bataillon de la légion où l'on entend l'aspirant Bourdis trouver encore un côté humoristique à la situation. Le silence est rompu, les Breda, les mitrailleuses de 20, les canons de 50 tirent, des obus éclatent, des véhicules sautent sur les mines. Les camions flambent et le feu ennemi se concentre sur ces torches. Le lieutenant Dewey, avec ses Brenn carriers, charge les armes automatiques et détruit trois nids de mitrailleuses. Il chargera ainsi jusqu'à la mort, son carrier éventré achevant sa dernière course sur le canon de 50 qui l'a frappé... Cet antichar, placé dans l'axe de la sortie, avait fait bien du mal. Le capitaine Gufflet, du 1" R.A., est tué dans sa voiture observatoire au moment où il dit : « Toutes les balles ne tuent pas... »
Le capitaine Bricogne part, avec un fusil et deux grenades, attaquer une mitrailleuse allemande... On ne le reverra jamais. Des groupes se forment ; c'est la fuite en avant d'hommes décidés à se frayer un passage en combattant. Des Brenn carriers ouvrent la route aux ambulances du médecin-capitaine Guillon...
Près du couloir gît le capitaine Mallet, tué par l'explosion d'une mine. Il a reconnu le passage dont l'axe ne correspondait pas à la direction prise par les véhicules et a permis aux autres de passer... Les hommes s'avancent... le capitaine Lalande et le capitaine Messmer portent un fusilier marin blessé, tout en discutant de l'utilité de savoir la langue allemande... Au passage on se reconnaît : bonne chance, père Hirlemann ; bonjour, Radig ; à bientôt, Rached... Deux heures du matin : un canon Bofors tracté bouche le passage, la barbe du père Lacointe s'agite, une dernière poussée « à bâbord » et le tracteur arrache la pièce et fonce, emmenant ses soldats coiffés du béret à pompon rouge. La colonne motorisée s'écoule par groupes de dix ou quinze véhicules entraînés par des officiers. Le lieutenant-colonel Laurent-Champrosay, le lieutenant de vaisseau Ihele, les enseignes Colmay et Bauche arrachent ainsi successivement leurs petits convois à l'enlisement de la peur.
Le capitaine Saint-Hillier guide les détachements vers le couloir étroit dégagé de mines. Il confie son ordonnance Hardeveld au capitaine de Lamaze, à qui il donne l'axe de marche : Azimut 213° — la Voie lactée le marque au ciel à cette heure de la nuit... Lamaze sera touché un peu plus loin par une balle de mitrailleuse lourde : « Dites à mes parents et faites savoir à mes légionnaires que je suis mort en soldat et en chrétien », seront ses dernières paroles. Une section de la 9' compagnie passe, en ordre, commandée par le sergent Pavitchevitch, qui remplace l'adjudant Ungerman, blessé le 9 juin.
Les carriers du sous-lieutenant Mantel approchent, surchargés de blessés, le sien en transporte sept...
Il est plus de 3 h 30, les sections de tête des deux dernières compagnies du B.M. 2 sont arrivées à la porte du champ de mines : elles ont réussi leur décrochage malgré la proximité de l'ennemi.
La nuit devient plus claire et on sent déjà l'aube qui va poindre amenant le brouillard comme ce fut le cas ces derniers jours : il sera plus difficile encore de conquérir sa liberté... les tirs, le bruit ne s'arrêtent pas dans la lumière des torches qui nous entourent...
Et il fait froid malgré la capote endossée pour cette dernière nuit... Des véhicules isolés roulent un peu dans tous les sens.
Nous traversons trois lignes de feu d'où partent sans cesse des rafales, puis les positions de batteries ennemies. Notre Brenn carrier fonctionne mal car des fils de fer et les restes d'une guitoune italienne, écrasée au passage, s'enchevêtrent dans ses barbotins.
Une partie de la garnison trouvera, enfin, les trois feux rouges où cent camions et trente véhicules sanitaires attendent, protégés par une colonne blindée anglaise. Les premiers arrivés ont mis quatre heures pour parvenir au salut. L'adjudant Maillet, accompagné de l'adjudant Rouillon, du Pr R.A., avec son camion-atelier et un camion de dépannage remorque un troisième camion traînant son canon Bofors, trouvé immobilisé. Il ramène quatre-vingts hommes.
Les deux conducteurs indochinois du P.C. du général sont là avec la roulotte P.C. !
Le médecin-commandant Durbach et l'aspirant Gosset pansent les blessés.
La sortie des Français à Bir Hakeim
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