Le siège commence

Il durera 8 jours

3 juin 1942.
Aux troupes de Bir-Hakeim.
Toute résistance prolongée signifie une effusion de sang inutile. Vous subirez le même sort que les deux brigades anglaises de Got-el-Oualeb qui ont été détruites avant-hier.
Nous cessons le combat si vous hissez des drapeaux blancs et si vous vous dirigez vers nous, sans armes.

ROMMEL, général en chef.

Le message, écrit de la main du général, est apporté par les deux chauffeurs du capitaine Tomkins à 9 heures. Notre officier de liaison britannique est, en effet, tombé aux mains des Allemands au cours d'une mission.
Les canons du 1°' R.A. portent la réponse de la l'° brigade française en une salve qui casse quelques camions chez l'adversaire tandis que le général Kœnig adresse son :

ORDRE GENERAL du 3 juin 1942, 9 h 30.
Nous devons nous attendre, désormais, à une attaque sérieuse, tous moyens combinés (aviation, chars, artillerie, infanterie). Elle sera puissante.
Je renouvelle mes ordres et ma certitude que chacun fera son devoir sans faiblir, à sa place, coupé ou non des autres.
Bien expliquer cela à tout gradé et homme. Et bonne chance à tous !
Le siège commence, il durera huit jours. Pendant les trois premiers, deux divisions renforcées tenteront, avec l'appui de l'aviation, de forcer la défense ; dix groupes d'artillerie les appuient — durant les cinq derniers, Rommel lui-même dirigera l'assaut de ses meilleures troupes avec vingt et un groupes d'artillerie, des centaines d'avions matraquant auparavant le réduit français. Ainsi, Bir-Hakeim encaissera, dans les jours qui viennent, plus de 40 000 obus de gros calibres, allant du 105 au 220, et le chargement de 1 400 bombardiers. En riposte, 42 000 coups de 75 tomberont sur les fantassins ennemis car les canons lourds sont hors de portée.
Pendant deux longues journées (3 et 4 juin), toutes les tentatives d'attaque ennemies sont arrêtées. Précédées de tirs de 105 fusants, dont le coup d'assommoir semble soulever le sol sous une gerbe d'éclats, de tirs percutants de 155 et de vagues de bombardiers de plus en plus denses — sept vagues le premier jour et six le second — les formations de un, puis deux bataillons d'attaque allemands arrivent à moins de mille mètres.
Voici le récit de ces journées par Lutz Koch, témoin oculaire, correspondant du Berliner Illustrierte Zeitung :
C'est ainsi que commence l'attaque dans le sud mais bientôt, il s'avère que, malgré nos succès du début, les positions de défense sont établies en profondeur et occupées par un adversaire qui se défend farouchement. Sous les ordres du général Kleemann, chevalier de la croix de fer, venant de l'Est, les pionniers réussissent, après un travail sans prix, à ouvrir une brèche dans la première ceinture de mines. La vigueur avec laquelle toutes les armes de la défense sont concentrées sur cette brèche est si forte que l'attaque est repoussée. De nouveau, on essaie un jour plus tard au sud et, de nouveau, on approche assez près des lignes intérieures, mais là, la grêle des projectiles devient si forte que ce serait de la folie de faire un seul pas en avant dans cette contrée qui n'offre aucun abri naturel...
Un abri est, ce jour-là, une possession très précieuse. Mais c'est bien plus terrible pour les défenseurs de Bir-Hakeim qui, jusqu'au matin du 8 juin où commence le deuxième acte de l'attaque sur la forteresse du désert, ont subi vingt-trois vagues de « Stuka ». Sans interruption, les lourdes et plus lourdes bombes allemandes tombent dans leurs positions et sur leur artillerie, des « Stuka » italiens viennent aussi, toujours et toujours, au-dessus du point d'appui, répandre la mort.
« Je n'aimerais pas être dans cet enfer », me dit un camarade qui se trouve à côté de moi dans l'abri, tandis que nous voyons à la jumelle toujours de nouvelles colonnes de fumée et de flammes qui forment une ceinture autour du point central de la position.
Mais Bir Hakeim tient toujours. A trois reprises, les 2, 3 et 5 juin, des négociateurs allemands se présentent devant les lignes françaises avec un drapeau blanc. Après leur avoir bandé les yeux, on les amène en présence du général Kœnig. Invariablement, les officiers de l'Afrikakorps lui demandent de se rendre. Invariablement Kœnig repousse leurs propositions. La première fois avec courtoisie, les deux autres sans même prendre la peine de répondre clairement — la dernière proposition, griffonnée à la hâte par un Rommel rageur sur son petit calepin personnel, se trouve aujourd'hui au Service historique de l'armée de Terre, au château de Vincennes.
général koenig à Bir Hakeim
bombardement de Bir Hakeim
stuka à Bir hakeim
rommel à Bir Hakeim
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