Un petit poste de méharistes italiens

On y trouve des hardes d'escargots et des essaims de mouches...

Le plateau désertique de Libye, praticable aux véhicules, domine la mer de façon abrupte. Sa monotonie est coupée de ravinements et de quelques lits d'oueds desséchés utilisés jadis par les caravanes et dont les noms furent un temps connus pour avoir servi de champs de bataille, aujourd'hui oubliés : col d'Halfaya, Halfway House, Sofafi.
Des pistes sillonnent ce désert, encore jalonnées et repérées ici par des cairns de pierre sèche, là par un tas de bidons rouillés, voire la carcasse calcinée d'un char ou d'un avion. Un croisement de pistes se fait remarquer parce qu'il s'agit exceptionnellement des ruines d'un ancien petit poste méhariste italien avec son abreuvoir inutile auprès d'un puits comblé. La carte aussi nue que le terrain donne le nom de Bir-Hakeim à ce carrefour qui n'est même pas un point de passage obligé. L'absence de végétation n'empêche pas des êtres vivants d'y demeurer : on y trouve des hardes d'escargots et des essaims de mouches...
Depuis trois mois et demi qu'ils ont relevé une brigade de colons juifs de Palestine, les hommes de Kœnig ont pourtant pris soin de creuser des trous individuels, des tranchées et divers types d'abris collectifs. Pierre Messmer, le futur Premier ministre de Pompidou entre 1972 et 1974, alors capitaine à la Légion étrangère à Bir Hakeim, apportera, quelques années plus tard, d'intéressantes précisions: «[...]
Les anciens de 14-18 (il y en avait encore parmi nous) avaient sur l'organisation du terrain et, en particulier, le creusement des positions enterrées, des exigences beaucoup plus fortes que les jeunes qui prenaient cela moins au sérieux. Le général Kœnig. âgé à l'époque de 43 ans, avait combattu à la fin de la guerre 14-18 et était lui-même très exigeant. La position était, dans l'ensemble, bien enterrée. tien sûr, pas souterraine : celui qui y circulait avait la vision étrange d'un camping sauvage sur la lune, en raison du paysage, mais l'effort de protection des armes, en les enterrant, en créant des circulaires de pièces autour des canons de 75 ou des canons antiaériens, sera très utile pendant les bombardements d'artillerie et d'aviation.
Mais la plus formidable défense de Bir Hakeim est constituée par les champs de mines qui entourent la position d'un no man's land ininterrompu. Larges de vingt à trente mètres, ils sont littéralement infestés d'engins. En avant de ces champs, se trouvent des «marais de mines» à la densité d'explosifs beaucoup moins élevée, mais de superficie nettement plus étendue. En tout, quelque 120000 mines... Leur but: freiner ou canaliser les attaques des chars. En quelques endroits, des passages étroits non minés sont ménagés. Mais ils sont gardés par des chicanes et des barrières diverses. C'est par ces « portes » que parviennent à l'intérieur du camp les convois de ravitaillement et que les patrouilles motorisées, les jock columns, partent effectuer des raids ou des reconnaissances en direction des lignes ennemies.
français à Bir-Hakeim
poste de Bir-Hakeim
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